Afrique : la pollution de l'air diminue là où l'économie s'envole !

Surprise en Afrique. En général, lorsque la population et l'économie d'un pays se développent, la pollution atmosphérique augmente. C'est pourtant l'inverse qui s'est produit dans certaines régions africaines selon une étude sur la qualité de l'air du continent.

Afrique pollution
Le niveau de dioxyde d'azote et autre gaz dangereux a diminué de 4,5% entre 2005 et 2017 dans certaines régions au nord de l'Afrique.

"Le paradigme traditionnel est que, à mesure que les pays à revenu intermédiaire et à faible revenu se développent, vous voyez souvent plus d’émissions, et voir un autre type de trajectoire est très intéressant" affirme Jonathan Hickman, chercheur à l’Institut Goddard de la NASA et auteur principal de l'étude.

L'étude aux conclusions surprenantes publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences révèle que la qualité de l'air s'est améliorée dans la partie nord de l'Afrique subsaharienne alors que la population et l'économie de la région a augmenté. En cause : une diminution des incendies agricoles mais cette diminution reste très fragile et peut-être même éphémère...

70% de terre brûlée au nord de l'Afrique équatoriale :

À mesure que la population et la richesse a augmenté, le taux de dioxyde d'azote dangereux a diminué au nord de l'Afrique subsaharienne. Les chercheurs expliquent que l'augmentation de la pollution due à l’industrie et aux transports dans les pays étudiés - Sénégal, ouest de la Côte d'Ivoire, sud du Soudan, Ouganda et l'est du Kenya - aurait été compensée par une diminution du nombre d’incendies allumés par les agriculteurs.

Le nord de l'Afrique équatoriale est la région qui compte la plus grande superficie d’incendies de biomasse au monde avec près de 70% de terre brûlée. Brûler les champs est une méthode peu coûteuse et efficace souvent utilisée par les agriculteurs lors de la saison des semis. Mais cette méthode est aussi dangereuse pour la santé et pour l'environnement.

En plus de générer du dioxyde de carbone, ces incendies peuvent se combiner à la pollution urbaine et devenir toxique. Les chercheurs ont utilisé les données et images satellite de la NASA entre 2005 et 2017 et ont constaté que le niveau de dioxyde d'azote et autres gaz dangereux, comme ceux produits par le trafic routier, a baissé de 4,5% dans la basse atmosphère.

La pollution devient la principale cause de décès :

Une baisse encourageante mais fragile car la population africaine croissante - 1,2 milliard actuellement - devrait dépasser les 2 milliards d'ici à 2040 et s'urbanise très rapidement. Il existe peu de données sur la qualité de l'air en Afrique, cette étude est donc une première mesure pour alerter les dirigeants qui ne font de la lutte contre la pollution atmosphérique une priorité. Cette pollution est devenue l'une des principales causes de décès sur le continent.

"Ce serait formidable si les travaux de suivi de ce document permettaient de quantifier ces niveaux en paramètres sanitaires et économiques, ce qui est utile aux décideurs." d'après Andriannah Mbandi, chercheur en environnement basé au Kenya. Malgré l'engagement de l'Union africaine en 2015 pour les énergies vertes, 80% des énergies produites par l'Afrique proviennent de combustions fossiles.

Et malheureusement, ces émissions provenant de la combustion des énergies fossiles risquent d'augmenter au fil des ans. Le Dr Hickman met en garde les dirigeants des pays du continent africain : "Ce que cela suggère, c’est que ce déclin que nous constatons va probablement ralentir et pourrait s’inverser en raison de l’utilisation accrue des fossiles."