Saint-Valentin : l'amour vaut-il vraiment des tonnes d'émissions carbone ?

Roses rouges, chocolats, cadeaux emballés : le 14 février célèbre l’amour. Cette tradition s’accompagne d’impacts climatiques et environnementaux mesurables, encore peu perçus, selon experts et enquêtes françaises.

La Saint-Valentin a un impact climatique sous-estimé.
La Saint-Valentin a un impact climatique sous-estimé.

Fleurs, chocolats et cadeaux : chaque 14 février, l’amour s’achète par millions. Cette explosion de consommation laisse derrière elle une empreinte climatique et environnementale souvent invisible.

Des fleurs très désirées, mais rarement locales

En France, la rose reste le cadeau phare de la Saint-Valentin. Elle concentre à elle seule près de 80 % des ventes de fleurs chez les fleuristes à cette période. Le problème n’est pas la fleur en soi, mais son parcours. Environ 80 % des fleurs coupées vendues en France sont importées, principalement via les Pays-Bas, mais aussi depuis l’Afrique de l’Est et l’Amérique du Sud.

Ce modèle repose sur des cultures intensives, une logistique lourde et, dans certains cas, du transport aérien réfrigéré, l’un des modes les plus émetteurs de gaz à effet de serre.

À cela s’ajoute une réalité plus dérangeante encore : la contamination chimique. Une enquête de l’UFC-Que Choisir montre que 100 % des bouquets analysés contiennent des résidus de pesticides, avec jusqu’à 46 substances différentes par bouquet. Beaucoup de ces molécules sont classées comme cancérogènes, mutagènes ou perturbateurs endocriniens.

Elles affectent la santé des travailleurs agricoles, contaminent les sols et les eaux et fragilisent les écosystèmes locaux. En clair : ce que nous respirons quelques jours dans un vase a souvent laissé une trace durable ailleurs.

Cartes, emballages... : une romance à usage unique

La Saint-Valentin est aussi une fête du papier et de l’emballage. Cartes décorées, boîtes brillantes, films plastiques, rubans… La majorité de ces objets sont conçus pour être jetés rapidement. Moins de 20 % des cartes de vœux seraient recyclées, en grande partie à cause des encres, paillettes et plastifications.

Or chaque carte suit un cycle bien réel : extraction du bois, fabrication énergivore, transport, puis incinération ou enfouissement, avec à la clé des émissions de CO₂ ou de méthane.

Les emballages de chocolats, bijoux et peluches prolongent cette logique. Pensés pour séduire en vitrine, ils deviennent des déchets en quelques minutes. Cette accumulation saisonnière pèse sur les systèmes de gestion des déchets et alimente une culture du jetable, à rebours des enjeux climatiques actuels.

Chocolats et cadeaux : quand l'amour mord sur les forêts

Impossible d’évoquer la Saint-Valentin sans parler de chocolat. Seulement, le cacao est l’un des symboles les plus parlants du lien entre consommation et climat. En Afrique de l’Ouest, notamment en Côte d’Ivoire, plus de 3,2 millions d’hectares de forêts ont disparu entre 2001 et 2021, en grande partie à cause de l’expansion des cultures de cacao. La déforestation libère d’énormes quantités de carbone et détruit des habitats essentiels.

En France, la demande saisonnière renforce cette pression. Les chocolats certifiés durables existent, mais ils représentent moins de 15 % des ventes mondiales.

Quant aux autres cadeaux, bijoux bon marché, peluches, objets décoratifs, ils sont souvent fabriqués à partir de plastiques dérivés du pétrole. Les peluches, par exemple, contiennent du polyester : une source de microplastiques qui finissent dans les rivières et les océans.

Et si on repensait l'amour autrement ?

Faut-il pour autant renoncer à la Saint-Valentin ? Certainement pas. Le problème n’est pas la célébration, mais la manière de consommer. En France, 36 % des personnes déclarent célébrer la fête, avec un budget moyen d’environ 150 €.

Ce pouvoir d’achat peut devenir un outil de transition. Choisir des fleurs locales et de saison, une plante en pot, un chocolat issu du commerce équitable, ou encore une expérience partagée plutôt qu’un objet jetable réduit considérablement l’empreinte carbone.

L’enjeu est peut-être aussi...culturel. Près de 80 % des Français considèrent la Saint-Valentin comme une fête très commerciale, mais seuls 29 % recherchent activement des alternatives durables. L’information est donc clé. Aimer, c’est aussi prendre soin du monde dans lequel cet amour s’exprime.

Références de l'article

CNEWS. (2025, 14 février). Saint-Valentin : « 100 % des bouquets de fleurs contiennent des pesticides » dont certains interdits en Europe, selon l’UFC-Que Choisir.

TF1 Info. (2025, 14 février). Saint-Valentin : les bouquets de fleurs massivement contaminés par les pesticides, alerte l’UFC-Que Choisir.

YouGov. (2025, 10 février). Saint-Valentin 2025 : quels cadeaux, activités et budgets prévoient les Français ?