Bientôt le retour du droit d’exploitation d’hydrocarbures en Outre-Mer ? C’est possible, si la loi passe
Les territoires d’Outre-Mer vont-ils voir l’interdiction d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures être levée ? C’est possible, après que le Sénat ait adopté une proposition de loi qui va dans ce sens.

Point de discorde. Les hydrocarbures en outre-mer sont un sujet sensible, dans un contexte environnemental bancal. Le changement climatique est en marche et les conséquences sont déjà largement visibles. Mort des coraux en Australie, montée des eaux en Indonésie, canicule aux Etats-Unis. Tout ceci est une réalité. Alors que la Guyane est un modèle français d’énergies renouvelables, le Sénat a décidé de lever l'interdiction liée à l’exploitation de hydrocarbures dans les Outre-Mer.
Une loi qui doit encore être présentée à l’Assemblée nationale
Le 29 janvier dernier, Georges Patient (RDPI – Guyane) voit sa proposition de loi adoptée par les sénateurs. Celle-ci se dresse contre les interdictions présentées dans la loi Hulot de 2017. « L'objet de cette proposition de loi n'est pas de nier la réalité du changement climatique, la nécessité d'une transition écologique ni de remettre en cause les objectifs de neutralité carbone pour 2050. Il s'agit de sortir du double discours, vécu par les Outre-mer comme une injustice », explique le sénateur.
Les partisans et les détracteurs de cette loi s’expriment
Selon lui, « refuser toute exploitation nationale revient donc à assumer une dépendance aux exportations. » Un discours appuyé par le sénateur Vincent Louault, qui affirme que la loi Hulot est un échec. « La France continue à produire du pétrole et du gaz, mais cela couvre 1 % seulement de notre consommation nationale […] Cette situation nous rend dépendants des énergies importées : en 2024, la facture énergétique de la France s'est élevée à 57,8 milliards d'euros, après un record de 117 milliards en 2022 ».
En revanche, les détracteurs de cette loi ne se sont pas fait attendre pour faire entendre leur voix. Roland Lescure, ministre chargé de l'Énergie, s’inquiète par exemple du fait que la Guyane détruirait son modèle, particulièrement vertueux, en matière d’écologie. « La Guyane est déjà un modèle d'excellence énergétique, capable d'atteindre l'autonomie énergétique d'ici à 2030 et 100 % d'énergies renouvelables dans son mix électrique dès 2027. Elle serait ainsi le premier département neutre en carbone ».

Même son de cloche pour les ONG. Fanny Petitbon, de l’ONG 350.org, évoque le contrôle des lobbies pétroliers. « Prétendre que l'extraction de pétrole et de gaz garantit notre souveraineté énergétique est un mensonge cynique et une insulte aux populations qui subissent déjà de plein fouet la montée du niveau des mers et les cyclones dévastateurs dopés par les énergies fossiles ». Lisa Pastor, de Surfrider Foundation Europe, parle, elle d’un « retour en arrière inacceptable. »
A toutes ces critiques, Georges Patient répond que « l'écologie ne doit plus être un prétexte à l'abandon des Outre-mer ; la politique de transition énergétique doit être territorialisée ; la justice environnementale ne peut être dissociée de la justice sociale et économique », évoquant une réalité territoriale à prendre en compte.
Référence de l’article :
Le Sénat revient sur l'interdiction d'exploiter les hydrocarbures en outre-mer