Déforestation : une étude scientifique révèle un impact climatique sous-estimé, la France concernée ?
On croyait le danger climatique proportionnel à la taille des coupes forestières. Une nouvelle étude scientifique démontre l’inverse : les petites déforestations pèsent lourd sur le climat mondial… un signal d’alarme pour la France ?

Les forêts tropicales concentrent environ 50 % du carbone stocké dans la biomasse forestière mondiale. Tant qu’elles restent intactes, elles jouent un rôle clé de puits de carbone, absorbant une partie du CO₂ émis par les activités humaines. Ce rôle est cependant fragilisé par la déforestation.
Selon une étude scientifique couvrant la période 1990–2020, les déforestations de moins de 2 hectares expliquent 56 % des pertes totales de carbone observées dans les forêts tropicales. Elles ne représentent pourtant qu’environ 5 % des surfaces forestières perturbées. Des coupes « modestes », mais au poids climatique disproportionné.
Des coupes aux conséquences importantes
L’enjeu tient à la permanence du changement d’usage des sols. Ces petites clairières correspondent le plus souvent à des conversions irréversibles : agriculture, routes, villages. Le carbone aérien, stocké dans les troncs, branches et feuilles, est alors libéré dans l’atmosphère et ne peut plus être récupéré.
Philippe Ciais, climatologue au LSCE et coauteur de l’étude, résume l’enjeu :
À l’inverse, certaines perturbations plus visibles, comme les incendies, peuvent voir leurs pertes de carbone partiellement compensées dans le temps grâce à la régénération naturelle.
Forêts humide : un basculement inquiétant
Les chiffres sont particulièrement préoccupants pour les forêts tropicales humides, les plus riches en carbone. Sur trente ans, elles enregistrent une perte nette de 15,6 ± 3,7 gigatonnes de carbone, signe qu’elles ont absorbé moins de CO₂ qu’elles n’en ont émis.
Les forêts tropicales sèches, en revanche, présentent un bilan carbone globalement neutre. Plus exposées aux incendies, elles bénéficient davantage de la repousse post-feu. Ces trajectoires contrastées montrent que le climat dépend autant de la capacité de régénération que de l’intensité des perturbations initiales.
France et Europe : une responsabilité indirecte mais réelle
La France métropolitaine et l'UE ne possèdent pas de forêts tropicales, mais elles y sont indirectement impliquées. Par leurs importations de soja, d’huile de palme, de cacao ou de produits agricoles, elles contribuent à une déforestation diffuse, fragmentée et souvent invisible dans les statistiques nationales. Philippe Ciais souligne l'importance d'agir :
Pour la France et l’Europe, cela implique de revoir les politiques commerciales, agricoles et climatiques afin de limiter l’impact de cette déforestation « invisible ».
Références de l'article
Xu, Y., Ciais, P., Santoro, M. et al. Small persistent humid forest clearings drive tropical forest biomass losses. Nature 649, 375–380 (2026). https://doi.org/10.1038/s41586-025-09870-7
Agence France-Presse. (2026, January 8). Clearing small areas of rainforest has outsized climate impact: Study.