Logements glacés : comment le froid impacte-t-il notre santé et notre vie sociale ?
Plus de 3 millions de ménages en France sont touchés par la précarité énergétique. Un enjeu majeur et silencieux qui fragilise la santé, isole socialement et perturbe la scolarité des enfants. Décryptage.

La précarité énergétique désigne la difficulté pour un ménage d’accéder à l’énergie nécessaire pour le chauffage, l’éclairage ou l’eau chaude, en raison de faibles revenus, de prix élevés de l’énergie ou d’un logement inadéquat.
Une réalité persistante
En France, environ 3,1 millions de ménages étaient concernés en 2023, soit 10,1 % des foyers, selon le dernier tableau de bord 2025 de l’ONPE. Cette stabilité globale masque une réalité plus difficile : le ressenti du froid s’aggrave, avec 35 % des Français déclarant avoir souffert du froid dans leur logement durant l’hiver 2024‑2025, dont 59 % des bénéficiaires du chèque énergie.
Les conditions d’habitat amplifient le problème. Au 1ᵉʳ janvier 2025, 12,7 % des résidences principales étaient des passoires énergétiques (étiquettes F ou G), souvent synonymes de mauvaise isolation et de dépenses énergétiques élevées. Les ménages consacrent en moyenne 1 685 € par an à leurs factures d’énergie et 82 % restreignent leur chauffage, parfois en baissant la température d’1 °C pour limiter les coûts.
Quand le froid fragilise les corps et les budgets
Selon les experts, vivre dans un logement mal chauffé augmente le risque de maladies respiratoires et cardiovasculaires, aggrave les douleurs chroniques telles que l’arthrose ou la polyarthrite rhumatoïde, et favorise la prolifération de moisissures, responsables d’allergies et d’asthme. Les études montrent que la précarité énergétique multiplie par sept le risque de mauvaise santé pour les personnes déjà fragiles.
Sur le plan économique, les coûts associés sont considérables : près de 1 milliard d’euros de dépenses médicales directes par an et plus de 20 milliards si l’on inclut la perte de productivité et les arrêts maladie. En parallèle, 36 % des foyers déclarent avoir rencontré des difficultés pour payer leurs factures d’énergie, et le nombre d’impayés a atteint 1,2 million en 2025, un record depuis la fin des années 2010.
Santé mentale, exclusion sociale invisible ?
Les effets psychologiques sont tout aussi préoccupants. Des études menées pendant la crise du Covid-19 ont montré que la précarité énergétique faisait chuter le score moyen de santé mentale de 6,3 points, tout en augmentant de 5,35 points le score de dépression et de 6,48 points celui d’anxiété. Pour le tiers le plus vulnérable, l’impact pouvait atteindre 20 points, illustrant la violence silencieuse du froid domestique.

Le froid accentue aussi l’isolement social : de nombreuses personnes évitent d’inviter leurs proches, se replient sur elles-mêmes et ressentent un sentiment de honte ou d’échec. Dans les logements glacials, mal isolés ou humides, la vie sociale s’efface, rendant la précarité énergétique comparable à une exclusion invisible, au cœur même du foyer.
Enfants, inégalités et leviers d'action
Les enfants ne sont pas épargnés. Un logement froid perturbe le sommeil, complique le travail scolaire à domicile et augmente la fatigue, avec des effets directs sur l’attention et les apprentissages. Le Défenseur des droits souligne que ces conditions compromettent le droit à un environnement propice aux études, renforçant les inégalités dès le plus jeune âge.
Si le taux de précarité énergétique a légèrement diminué depuis 2010, de 13,7 % à 10,1 % en 2023, cette amélioration est fragile. Entre 2013 et 2022, la consommation énergétique moyenne des logements est passée de 190 à 161 kWh/m², soit –15 %, mais le problème demeure pour les foyers mal isolés et ceux ayant des revenus limités.
Pour une solution durable, les experts s’accordent à dire qu’il faut une rénovation thermique massive, lutter contre les passoires énergétiques et des dispositifs publics ciblés pour les ménages vulnérables, afin de protéger la santé, recréer du lien social et garantir l’égalité des chances.
Références de l'article
Legendre, B., & Charlier, D. (2026, 5 janvier). Vivre dans un logement trop froid : la réalité sociale de la précarité énergétique. The Conversation France.
Connaissance des énergies avec AFP. (2025, 18 novembre). Précarité énergétique : 3,1 millions de ménages concernés ; les signaux d’alerte se multiplient.
Observatoire des inégalités. (2025, 28 février). Comment évolue la précarité énergétique ?