Pourquoi les Français font-ils moins d'enfants qu'hier ? Le climat change-t-il aussi la natalité ?
Selon les dernières données de l’Insee et une étude scientifique de l’Inserm, la France connaît un tournant démographique inédit. Cet article vous dit tout.

En 2025, la France a enregistré 645 000 naissances pour 651 000 décès, selon l’Insee. Le pays entre ainsi dans un déficit naturel, une situation déjà ancienne en Allemagne ou en Italie, mais longtemps évitée en France.
Un signal d'alerte démographique ?
L’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) atteint 1,56 enfant par femme en 2025, contre 2,03 en 2010. C’est le niveau le plus bas depuis la Première Guerre mondiale. Cet indicateur mesure le nombre d’enfants qu’aurait une femme si les comportements observés une année donnée restaient constants toute sa vie.
Il ne tient pas compte du décalage des naissances dans le temps : or, l’âge moyen à la maternité est passé à 31,2 ans en 2025, contre 29,6 ans en 2005. La parentalité se décale, parfois jusqu’à se heurter aux limites biologiques.
Climat d'incertitude
Les causes de cette baisse sont multiples : emploi plus précaire, accès au logement difficile, transformations des trajectoires de couple. Mais un facteur s’impose de plus en plus dans les enquêtes d’opinion : l’angoisse face à l’avenir.
Le désir d’enfant baisse légèrement : les couples souhaitent aujourd’hui un ou deux enfants, contre deux ou trois il y a vingt-cinq ans. Le refus d’enfant progresse, mais reste minoritaire, passant de 5 % à 12 %. Ce n’est donc pas un effondrement du désir d’enfant, mais une érosion. Dans les grandes villes, chez les jeunes diplômés, certains évoquent explicitement le climat : ne pas avoir d’enfant serait un geste « écologique ».
Le changement climatique agit ainsi moins comme une cause directe que comme un horizon anxiogène : canicules record, sécheresses, feux, tensions sur les ressources. Faire un enfant, c’est projeter sa confiance dans le monde de demain. Ce socle de confiance se fissure progressivement.
La chaleur pèse déjà sur les naissances
Au-delà du désir d’enfant, le climat influence les conditions biologiques de la naissance. Une étude menée par l’Inserm, l’Université Grenoble Alpes et Santé publique France, publiée dans Environmental Science & Technology, a analysé les données de 20 904 femmes enceintes suivies entre 2002 et 2017.
Les chercheurs ont conclu qu’une exposition à une chaleur élevée durant le début de grossesse est associée à une baisse significative du poids de naissance. Une température moyenne de 21,6 °C entre les semaines 2 et 15 de grossesse est associée à une diminution du poids de naissance de –199 grammes. Sur les deux premiers trimestres, les baisses observées varient de –40 à –200 grammes.

Or un petit poids de naissance est défini comme inférieur à 2,5 kg et constitue un facteur de risque majeur de complications néonatales et de maladies chroniques ultérieures (diabète, hypertension). À l’échelle mondiale, environ 15 % des nouveaux-nés sont concernés.
L’effet de la chaleur est plus marqué chez les femmes vivant dans des zones peu végétalisées ou socialement défavorisées. Le climat interagit avec la pollution de l’air, la densité de végétation et le stress social.
Climat : accélérateur silencieux des inégalités géographiques
Cette étude montre que la chaleur agit surtout au premier et au deuxième trimestre, périodes cruciales pour la formation du placenta et la croissance fœtale. Une exposition tardive, entre les semaines 32 et 35, est associée à une légère augmentation du poids de naissance (+56 grammes), mais cela ne compense pas les effets précoces.
Le dérèglement climatique affecte déjà la santé périnatale en France. Toutefois, il ne décide pas à lui seul du nombre d’enfants que nous faisons, mais il modifie les conditions dans lesquelles ils naissent. À mesure que les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes et plus intenses, ces effets pourraient s’amplifier.
Le climat agit ainsi de façon discrète mais profonde sur la natalité : il influence les conditions biologiques des grossesses et accentue les inégalités sociales dès la naissance, tandis que l’incertitude qu’il suscite pèse sur la projection dans l’avenir.
Autant de leviers d’action existent déjà : végétaliser les villes, réduire les polluants atmosphériques, mettre en place des mesures spécifiques pour protéger les femmes enceintes lors des épisodes caniculaires.
Références de l'article
Santé publique France. (2026, 24 février). Petit poids de naissance : l’impact de l’exposition à la chaleur serait renforcé par les facteurs environnementaux et socio‑économiques.
Oliveau, S., Seys, F.‑O., & Dubuc, S. (2026). Pourquoi les Français font‑ils moins d’enfants ? Comprendre la fin d’une exception. The Conversation.
Lucie Adélaïde, Maximilien Génard-Walton, et al. (2026). Heat during pregnancy and reduced fetal growth: Critical windows of exposure and the intertwined role of air pollution, vegetation, and social stressors. Environmental Science & Technology. https://doi.org/10.1021/acs.est.5c10602