Les mégafeux font exploser le coût des assurances en Europe

Des centaines de milliers d’hectares brûlés, des habitations détruites et des milliards d’euros de pertes : les mégafeux de l’été 2026 frappent l’Europe jusque dans ses contrats d’assurance. Face à des risques climatiques qui s’aggravent, qui paiera demain ?

En Europe, la multiplication des mégafeux transforme le risque climatique en défi économique : les assureurs revoient leurs modèles face à des catastrophes plus fréquentes et plus coûteuses.
En Europe, la multiplication des mégafeux transforme le risque climatique en défi économique : les assureurs revoient leurs modèles face à des catastrophes plus fréquentes et plus coûteuses.

En deux mois, près de 500 000 hectares ont brûlé en Europe, notamment en France, en Espagne, au Portugal, en Grèce et en Roumanie. Une première estimation chiffre à plus de 3,1 milliards d'euros les pertes économiques déjà enregistrées selon une analyse du Financial Times. Ce chiffre ne couvre qu’une partie de la facture : les dégâts aux habitations, infrastructures, exploitations agricoles et activités touristiques restent à chiffrer.

En France, l'ordre de grandeur est tout autre. Selon Morningstar DBRS, les pertes totales liées aux incendies pourraient atteindre 10 à 15 milliards d'euros. Cette estimation inclut les dommages directs, mais aussi certaines conséquences indirectes, comme les interruptions d'activité, les perturbations des chaînes d'approvisionnement ou les coûts liés aux évacuations. Les pertes effectivement prises en charge par les assureurs n'en représentent qu'une fraction.

Le risque climatique arrive jusque dans les contrats d'assurance

Pour les particuliers, cette facture se traduit déjà par une hausse des primes. En France, assurer son logement coûte désormais en moyenne 310 euros par an, contre 274 euros un an plus tôt, soit une progression de 13 %.

En Nouvelle-Aquitaine, région particulièrement exposée aux incendies estivaux, l'augmentation atteint 20,2 %, pour une prime moyenne de 332 euros par an. Cette hausse ne résulte pas des seuls feux de forêt : les assureurs prennent également en compte la multiplication et le coût d’autres sinistres climatiques, comme la grêle ou les tempêtes.

La tendance s’inscrit dans un contexte de dépenses croissantes. Les sinistres climatiques ont représenté 5,2 milliards d’euros en France en 2025, après 6,5 milliards en 2023 et environ 5 milliards en 2024.

Un problème plus profond : tout n'est pas assuré !

Les incendies révèlent surtout une fragilité du système : le déficit de couverture, c’est-à-dire la différence entre les pertes économiques provoquées par une catastrophe et la part effectivement couverte par une assurance.

En Espagne, les incendies de 2025 ont provoqué près de 5 milliards d’euros de dégâts, mais moins d’un milliard d’euros aurait été assuré. À l’échelle européenne, la BCE et l’autorité européenne de supervision des assurances estiment que seulement un quart des pertes liées aux catastrophes climatiques entre 1980 et 2024 était couvert. C’est ce que l’on appelle le déficit de protection : la part des dommages qui reste à la charge des ménages, des entreprises ou des pouvoirs publics.

La situation est particulièrement sensible pour les feux de forêt. En France, contrairement aux inondations ou à certains épisodes de sécheresse, les incendies de forêt ne relèvent pas directement du régime public d’indemnisation des catastrophes naturelles (Cat Nat). La prise en charge dépend donc largement des garanties souscrites dans les contrats privés.

Quand le climat change le calcul de risque

Pourquoi cette situation devient-elle plus difficile à gérer ? Parce que les assureurs construisent leurs modèles à partir des risques observés dans le passé. Or le climat évolue, et avec lui les conditions favorables aux incendies.

Selon un rapport publié en juillet par AXA, les zones périurbaines françaises pourraient connaître d’ici 2050 près de 70 % de jours supplémentaires par an présentant un risque élevé d’incendie.

Pour les assureurs, le défi est donc de tarifer un risque qui n'est plus parfaitement décrit par les statistiques du passé.

La hausse de la chaleur et des sécheresses contribue à assécher les végétaux et à favoriser la propagation du feu. Mais le risque dépend aussi de l’occupation des sols, de la végétation, de la gestion forestière et de l’exposition croissante des populations dans les zones vulnérables.

Réduire les pertes avant qu'elles ne surviennent

Désormais, le changement climatique transforme la valeur du risque. Si les catastrophes deviennent plus fréquentes et plus coûteuses, la question est surtout de savoir quels territoires et quels biens pourront encore être assurés à un prix accessible.

Agir sur les émissions reste essentiel pour freiner l’aggravation des risques climatiques.

Renforcer la prévention, adapter les constructions dans les territoires exposés, mieux entretenir les interfaces entre forêts et zones habitées et améliorer les systèmes d’alerte peuvent limiter les dommages.

Une proposition de loi sur l’adaptation au changement climatique, adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale en avril 2026, prévoit notamment de privilégier des reconstructions plus résilientes dans les zones à risque plutôt qu’une reconstruction systématique à l’identique.

Référence de l'article

Quentin Gerard. (2026). Mégafeux en Europe : plus de 3 milliards d'euros de pertes économiques depuis le début de l'été.
Jemima Denham, Elizabeth Howcroft, Michael Jones. (2026). Europe's wildfire season exposes climate insurance gap.