La sécheresse et la canicule impactent le secteur nucléaire français

La succession des vagues de chaleur et le temps extrêmement sec à l'échelle du pays depuis le début de l'été 2026 impactent le fonctionnement de plusieurs stations nucléaires à travers le pays.

Les centrales nucléaires ont besoin d'importants volumes d'eau pour assurer leur refroidissement. Lors des épisodes de fortes chaleurs et de faibles débits des fleuves, leur production peut être ponctuellement limitée afin de préserver les milieux aquatiques.
Les centrales nucléaires ont besoin d'importants volumes d'eau pour assurer leur refroidissement. Lors des épisodes de fortes chaleurs et de faibles débits des fleuves, leur production peut être ponctuellement limitée afin de préserver les milieux aquatiques.

En cette première décade d'août, le secteur nucléaire français est de plus en plus impacté par la succession de périodes caniculaires et le manque de pluie croissant depuis maintenant plusieurs mois.

Les centrales ont besoin de beaucoup d'eau

Environ 65 à 70 % de l'électricité consommée en France est d'origine nucléaire. Celle-ci est produite par 18 centrales regroupant 56 réacteurs, répartis sur l'ensemble du territoire. Toutes sont situées à proximité du littoral ou le long d'un grand fleuve ou d'une rivière.

En effet, les centrales nucléaires ont besoin de grandes quantités d'eau pour fonctionner, celle-ci servant principalement à refroidir les installations. On distingue d'ailleurs deux grands systèmes de refroidissement dans les centrales françaises.

Le premier est le circuit ouvert. Il nécessite de prélever d'importants volumes d'eau pour refroidir les installations. La quasi-totalité de cette eau est ensuite restituée au fleuve ou à la mer d'où elle provient, mais à une température légèrement plus élevée.

Le second est le circuit fermé. Ce système nécessite environ 20 fois moins de prélèvements d'eau que le circuit ouvert, grâce à l'utilisation de tours aéroréfrigérantes. En contrepartie, une grande partie de cette eau est évacuée dans l'atmosphère sous forme de vapeur d'eau, ce qui explique les panaches blancs visibles au-dessus de certaines centrales.

Une situation problématique en période de canicule/sécheresse

En temps normal, ces différents fonctionnements ne posent aucun problème et permettent de produire d'importantes quantités d'énergie. Néanmoins, durant les périodes de sécheresse et de fortes chaleurs, les rejets d'eau chaude dans les rivières, fleuves et sur nos littoraux deviennent plus problématiques.

En effet, la hausse de la température de l'eau implique une diminution de l'oxygène dissous dans celle-ci, ce qui peut impacter très négativement la biodiversité. Ainsi, des températures maximales de rejet sont fixées par les autorités pour chaque centrale française, en fonction des caractéristiques du milieu aquatique dans lequel elle rejette son eau.

Par exemple, l'eau rejetée par la centrale du Bugey ne doit pas dépasser les 26°C et ne doit pas être plus de 5°C plus élevée que l'eau prélevée en amont.

Or, en plein été, et notamment lorsque les vagues de chaleur et canicules se succèdent comme ces derniers mois, les températures d'eau cours d'eau se montrent déjà très élevées sur la majorité du territoire, ce qui impacte le bon fonctionnement des centrales car celles-ci ne peuvent plus prélever autant d'eau pour refroidir leurs réacteurs.

Le débit des cours d'eau près des centrales est également important. Lorsque celui-ci est trop faible, les réacteurs doivent là aussi être ralentis ou arrêtés afin de garantir une quantité d'eau suffisante pour l'environnement et les usagers.

Ainsi, deux réacteurs de la centrale de Chooz, dans les Ardennes, un réacteur de la centrale de Cattenom, en Moselle, étaient à l'arrêt en début de semaine en raison d'une baisse du débit de la Meuse et de la Moselle. Dans le même temps, quatre autres réacteurs, des centrales du Bugey (Ain), du Tricastin (Drôme) et de Saint-Alban (Isère), ont également dû réduire leur puissance ces derniers jours en raison de la température des cours d'eau.

EDF rappelle néanmoins que les pertes de production liées aux fortes chaleurs restent limitées, représentant en moyenne 0,3 % de la production annuelle depuis 2000. Avec le réchauffement climatique, ces contraintes devraient toutefois s'accentuer pour les centrales situées le long des fleuves. Pour y faire face, une adaptation des systèmes de refroidissement et le développement des énergies renouvelables sont notamment envisagés.