Ces mots qui disparaissent : comment notre langage est-il impacté par le réchauffement climatique ?

Le réchauffement climatique serait-il en train de faire fondre les dictionnaires ? Alors que 44% des 7100 langues parlées dans le monde sont menacées d'extinction, l'évolution du climat fait déjà disparaître certains mots.

Actuellement, une langue disparaît environ toutes les deux semaines dans le monde. Un déclin qui s'accélère en raison du réchauffement climatique et de la crise écologique.
Actuellement, une langue disparaît environ toutes les deux semaines dans le monde. Un déclin qui s'accélère en raison du réchauffement climatique et de la crise écologique.

Et si le climat avait une influence directe sur notre langage ? D'après une enquête réalisée par nos confrères d'Usbek & Rica, certains mots sont déjà en train de disparaître en raison du réchauffement climatique, y compris en France ! Pourquoi certaines langues sont-elles autant menacées ? Comment la double crise climatique et écologique fait-elle fondre la richesse linguistique ?

Samis et Maassaïs en première ligne

Dans la région du Maa, à la frontière entre la Tanzanie et le Kenya, certains arbres, plantes et mots n'existent qu'en langue Maassaïe, et ne sont pas traduisibles en Français. Il nous faudrait sans doute plusieurs lignes pour les décrire dans notre langue. C'est la même chose pour le cycle des pluies et des sécheresses, qui d'ailleurs impacte directement les activités pastorales de la région.

Ainsi, "Oloirurujuruj" désigne la saison des fortes pluies annonçant l’abondance, "Enkakwaai", renvoie aux courtes pluies insuffisantes, et "Olameyu" à la saison sèche. Mais avec des pluies de plus en plus imprévisibles et des sécheresses plus longues et intenses, ce lexique s'amenuise au fil du temps. Ainsi, le nom d'oiseau "Omundu", considéré comme annonciateur de pluie, n'est quasiment plus utilisé.

D'autres peuples autochtones sont concernés : c'est le cas des Samis, vivant entre la Norvège, la Suède, la Finlande et la Russie. Ils emploieraient, selon les sources, entre 300 et 1.000 mots différents pour décrire la neige selon sa texture, son apparence et la façon dont les rennes peuvent s'y déplacer.

Mais alors que le changement climatique bouleverse les saisons, le mot "ealát" est de moins utilisé. Celui-ci renvoie aux "conditions idéales pour que les rennes trouvent du lichen à brouter". Or, ces conditions deviennent de plus en plus rares, à cause des pluies de plus en plus présentes à la place de la neige : les sols verglacés empêchent alors les rennes de creuser pour se nourrir.

Un lien direct avec les écocides ?

En moyenne, sur les 7100 langues parlées dans le monde, une disparaît toutes les deux semaines, soit plus d'une vingtaine par an. 44% des langues de la planète sont menacées d'extinction, notamment à cause de la colonisation, de la mondialisation et des migrations. Mais d'autres variables existent, nous venons de le voir : avec la modification du rythme des saisons et l'affaiblissement de la biodiversité, certains mots disparaissent.

Certains territoires deviennent inhospitaliers : au Vanuatu (dans le Pacifique Sud), directement menacé par la montée des eaux, la menace qui pèse sur les 300.000 habitants placés en état d'urgence depuis 2022 pèse aussi sur les 110 langues qui y sont parlées (c'est la plus forte densité linguistique au monde).

70% des langues mondiales sont parlées dans les endroits les plus riches en biodiversité de la planète : les préserver possède donc un double enjeu écologique et culturel. Si aucune action politique n'est prise pour les revitaliser, les éco-linguistes estiment que 50 à 90% des langues parlées dans le monde risquent de disparaître d'ici 2100.

D'ailleurs, un lien direct est établi entre linguicide et écocide : entre 1970 et 2005, le nombre d'espèces animales et végétales a chuté de 27% (selon le WWF), alors que dans le même temps, la diversité linguistique mondiale a baissé de 20%. Ainsi, en Corse, l'effondrement des populations d'insectes entraîne aussi une disparition des mots pour les décrire : alors qu'il existait 34 façons d'y nommer les coccinelles, seuls certains noms comme "Bulabulella" subsistent.

Référence de l'article :

Usbek & Rica. Coccinelles, ealát, omundu... Ces mots disparaissent à cause de la crise écologique.