Pourquoi l'exploitation du krill pour des compléments alimentaires est en train de menacer tout un écosystème marin ?

Petit crustacé translucide, présent en abondance dans les eaux froides de l'Antarctique, le krill attire de plus en plus la convoitise des industriels car son huile serait un puissant anti-âge. La France fait partie des plus gros distributeurs du produit. Mais à quel prix pour l'équilibre des océans ?

Exploité pour son huile, le krill représente l'alimentation principale de dizaines d'espèces marines, de la baleine au manchot.
Exploité pour son huile, le krill représente l'alimentation principale de dizaines d'espèces marines, de la baleine au manchot.

Une plus belle peau, un cerveau plus alerte ou des articulations plus souples, ce sont les promesses faites par les industriels et les distributeurs de compléments alimentaires à base d'huile de krill, riche en omega-3 aux supposés effets anti-âge. Pour les ONG, ce commerce représente une véritable hérésie environnementale.

La surpêche en fond de marché juteux

Les règles de la pêche au krill sont fixées par la Convention sur la conservation de la faune et la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR). Chaque année, un quota de 620 000 tonnes est fixé. Une fois le seuil atteint, la saison est suspendue et tous les bateaux doivent quitter la zone. Or la concurrence entre les navire et pays auxquels ils appartiennent pousse à des méthodes de pêche toujours plus invasives et intenses.

Des navires-usines, sous pavillons chilien, chinois, norvégien, sud-coréen et ukrainien serrent les coudes dans une zone restreinte, la péninsule Antarctique, et se sont dotés pour la plupart de pompes qui aspirent le krill en continu.

Résultat ? Les captures ont été multipliées par six en vingt ans. En 2025, pour la première fois, le seuil annuel de 620 000 tonnes a été atteint dès le mois d’août.

Des animaux marins en concurrence avec les navires de pêche

La zone de la péninsule Antarctique, qui abonde en krill, attire de nombreux mammifères marins comme le manchot Adélie, le manchot à jugulaire, le manchots papou ou encore le gorfous doré. Ces derniers se retrouvent en compétition avec les navires de pêche, sans parler du risque accru de collisions mortelles. Certaines espèces comme le phoque crabier ou la baleine bleue se nourrissent exclusivement de krill.

« Le problème, ce n’est pas juste qu’ils ciblent la même nourriture, mais qu’ils le font au même endroit, et au même moment », explique Matthew Savoca, chercheur au laboratoire marin de l’université Stanford et spécialiste du sujet.

Un commerce en pleine croissance

Selon l’ONG Changing Markets, les compléments alimentaires à l'huile de krill, apparus dans les rayons en 2003, sont en pleine croissance : +13,1 % entre 2020 et 2027, selon des données prévisionnelles. D'après les travaux de l'ONG, les États-Unis, la Chine et l’Europe facilitent largement la vente d'huile de krill.

Et la France n'est pas en reste. Quand les géants français de l’agroalimentaire Intermarché, Casino, E.Leclerc et Carrefour n'exploitent pas le krill pour vendre du saumon d'élevage nourri avec la farine du petit crustacé, ils proposent des dizaines de références différentes du complément alimentaire dans leurs rayons.

Une hérésie environnementale pour les scientifiques

Une équipe de scientifiques et d’activistes réunis par Team Malizia et Under the Pole milite pour la création d’une aire marine protégée, « Domain 1 », dans la zone la plus fréquentée par les navires de pêche. Une pétition a aussi été lancée pour que la France se saisisse du sujet d’ici la prochaine réunion de la CCAMLR en octobre.

L'activiste Camille Etienne dénonçait de son côté : « On ne va quand même pas détruire le dernier endroit sauvage sur Terre pour avoir un saumon plus rose et des pilules anti-âge qui nous permettent de correspondre aux standards de beauté sur Instagram ! »

Références de l'article :

Reporterre, Comment nos pilules anti-âge risquent de détruire le « dernier endroit sauvage sur Terre »

Changing Markets Foundation, Krill, Baby, Krill