Plus la planète se réchauffe, plus certaines sources émettent des GES : ce que révèle une étude
Le réchauffement ne s’arrête pas aux émissions humaines : il peut aussi stimuler des émissions supplémentaires de CO₂ et de méthane. Une étude estime que ces rétroactions pourraient ajouter jusqu’à 0,4 °C au réchauffement mondial d’ici 2100.

Le réchauffement climatique d’origine humaine peut provoquer une réaction en chaîne dans certains milieux naturels : à mesure que les températures augmentent, ceux-ci peuvent libérer davantage de gaz à effet de serre (GES), qui renforcent à leur tour le réchauffement. Ces émissions supplémentaires, dites « induites par le réchauffement », constituent une rétroaction positive du système climatique.
Publiée le 10 septembre 2026 dans Environmental Research Letters, une étude menée par Sam Abernethy et ses collègues estime que les émissions considérées pourraient ajouter 0,2 à 0,4 °C au réchauffement mondial d’ici 2100, selon le scénario d’émissions.
Quand le réchauffement pousse à son tour les émissions
Les chercheurs ont étudié quatre grandes sources d’émissions de GES susceptibles d’augmenter avec le réchauffement : le pergélisol, les zones humides, les eaux douces et les incendies de végétation. Au total, leur analyse porte sur six catégories d’émissions : le CO₂ et le méthane (CH₄) issus du pergélisol, le CH₄ des zones humides et des eaux douces, ainsi que le CO₂ et le CH₄ émis par les incendies.

Le mécanisme diffère selon les milieux. Lorsque le pergélisol dégèle, la matière organique jusque-là piégée dans les sols gelés peut se décomposer davantage. Selon les conditions, cette décomposition libère surtout du CO₂ dans les milieux secs et oxygénés, ou du CH₄ dans les milieux plus humides et pauvres en oxygène.
Dans les zones humides et les eaux douces, le réchauffement favorise notamment les processus microbiens qui produisent du méthane. Pour les incendies, des températures plus élevées peuvent réduire l’humidité des combustibles et accroître le risque de feu, avec des émissions supplémentaires de CO₂ et de CH₄.
Le principe est donc celui d’une boucle de rétroaction : les émissions humaines réchauffent le climat, ce réchauffement stimule certaines émissions naturelles, puis ces nouveaux GES renforcent à leur tour le réchauffement.
Jusqu'à 0,4°C supplémentaire dans les simulations
Pour quantifier cet effet, les chercheurs ont établi des relations entre la température mondiale et les émissions induites par le réchauffement à partir de modèles de processus, puis les ont appliquées à trois scénarios d’émissions : SSP1-2.6, SSP2-4.5 et SSP4-6.0. Ils ont ensuite utilisé MAGICC 7.5.3, un modèle climatique de complexité réduite, calibré sur les modèles du CMIP6, afin d’estimer la réponse de la température mondiale.
À l’horizon 2100, les émissions étudiées pourraient ajouter 0,2 ± 0,2 °C dans SSP1-2.6, 0,3 ± 0,2 °C dans SSP2-4.5 et 0,4 ± 0,2 °C dans SSP4-6.0. Le CO₂ et le méthane contribuent globalement de manière comparable au réchauffement additionnel sur l’ensemble du siècle.
Ces émissions pourraient ainsi amplifier le réchauffement postérieur à 2020 de 20 à 30 % d'ici 2100, selon le scénario. L'incertitude reste toutefois importante : elle atteint environ ±10 à ±30 % pour cette amplification. À l'horizon 2050, l'effet estimé est plus limité, autour de 10 %.
Les émissions induites de méthane atteindraient alors environ 50 à 190 Tg par an selon le scénario. Les émissions additionnelles de CO₂ provenant du pergélisol et des incendies atteindraient 2 à 15 Pg par an.
Concrètement, qu'est-ce-que cela veut dire ?
Le chiffre de 0,2 à 0,4 °C ne signifie pas que la planète se réchaufferait de 0,2 à 0,4 °C au total à cause de ces phénomènes. Il correspond au réchauffement supplémentaire provoqué par les émissions naturelles induites par le réchauffement, par rapport aux projections qui ne les prennent pas pleinement en compte.
Selon les simulations, ces rétroactions pourraient ainsi amplifier de 20 à 30 % le réchauffement mondial postérieur à 2020 d’ici 2100. À l’horizon 2050, l’amplification serait encore d’environ 10 ± 10 % dans les trois scénarios.
L’effet est donc loin de remplacer les émissions humaines comme moteur principal du réchauffement. Il s’y ajoute, en faisant intervenir une partie du cycle du carbone et du méthane qui réagit elle-même à l'augmentation des températures.
Une rétroaction encore imparfaitement représentée
Ces mécanismes sont connus depuis longtemps, mais leur représentation dans les modèles climatiques reste incomplète. Dans l’évaluation du GIEC publiée en 2021-2022, aucun des 11 modèles du système Terre examinés ne représentait les émissions de méthane induites par le réchauffement des zones humides et des eaux douces.
Deux intégraient les écosystèmes de pergélisol et cinq les incendies. Depuis, certains de ces processus ont commencé à être intégrés dans des modèles, mais aucun ne représente encore l’ensemble des principales sources étudiées ici.
L’étude comporte elle-même plusieurs limites. Elle ne prend notamment pas en compte certaines sources potentielles, comme les émissions de CH₄ des rizières ou le CO₂ lié au dépérissement des forêts. Les chercheurs ne modélisent pas non plus toutes les interactions entre les sources.
Ainsi, le réchauffement provoqué par les émissions induites pourrait lui-même stimuler de nouvelles émissions : cet effet récursif pourrait augmenter les projections de température d’environ 18 % d’ici 2100.
À l’inverse, certaines rétroactions susceptibles de limiter le réchauffement ne sont pas intégrées, notamment celles liées aux aérosols ou à la reprise de la végétation après certains incendies ou épisodes de dégel. L’ampleur exacte de l’effet net reste donc incertaine.
Pour les auteurs, ne pas tenir compte de ces émissions peut conduire à sous-estimer la réponse du système climatique aux émissions humaines et, par conséquent, à surestimer les budgets carbones encore disponibles.
Référence de l'article
Abernethy et al.,. (2026). Projected amplification of global warming by warming-induced greenhouse gas emissions.