El Niño 2026 : entre alerte climatique et incertitudes scientifiques, peut-on vraiment anticiper un super phénomène ?
Le Pacifique se réchauffe et les signaux d’un possible « super El Niño » en 2026 se multiplient. Mais des scientifiques rappellent que son intensité reste très incertaine, et sa trajectoire encore largement ouverte.

Le signal est là, visible dans les observations récentes : le Pacifique équatorial se réchauffe, avec des anomalies positives atteignant environ +1 °C en mai 2026 dans la zone Niño 3.4. Les centres météorologiques, dont la NOAA et Météo-France, estiment désormais une probabilité élevée de basculer vers un épisode El Niño dès l’été 2026, avec une persistance possible jusqu’à fin d’année (80 % de probabilité sur juin–août, jusqu’à 90 % ensuite).
Une certitude encore hors de portée ?
Mais soyons clairs : prévoir El Niño n’est pas prédire un événement certain, mais explorer des scénarios. En effet, tout dépend d’un équilibre fragile entre océan et atmosphère.
Sous la surface du Pacifique oriental, un important réservoir d’eau chaude s’est constitué, alimenté par des perturbations de vents survenues en début d’année 2026. Cette énergie a déclenché une onde de Kelvin, une propagation sous-marine qui a déjà atteint l’est du bassin et amorcé un réchauffement près de l’Amérique du Sud. Pourtant, rien n’est encore joué.
Une mécanique climatique suspendue aux vents ?
Selon les scientifiques, un El Niño ne se déclenche pas uniquement par la chaleur océanique. Il nécessite une boucle de rétroaction entre l’océan et l’atmosphère : des eaux de surface plus chaudes doivent affaiblir les alizés, ce qui renforce encore le réchauffement en poussant davantage d’eaux chaudes vers l’est.
C’est cette dynamique qui fait toute la difficulté de la prévision au printemps. Les régimes de vents nécessaires ne sont pas encore clairement installés en mai 2026. Sans eux, le système peut rester neutre… ou évoluer vers un épisode faible. Avec eux, il peut basculer vers un phénomène fort, voire un « super El Niño », lorsque les anomalies dépassent +2 °C.
Les modèles climatiques anticipent donc un éventail large : de l’événement modéré à l’extrême. Et l’histoire récente rappelle la prudence: en 2014 et 2017, des signaux favorables n’ont jamais été suivis d’un développement majeur.
Un phénomène naturel, mais un amplificateur global de risques
Un El Niño n’est pas une catastrophe en soi. C’est une oscillation naturelle du climat du Pacifique qui modifie la circulation atmosphérique mondiale. Mais ses effets peuvent être considérables.
Lorsqu’il est intense, il peut provoquer des sécheresses en Amazonie, des incendies en Indonésie, des inondations au Pérou, ou encore modifier les régimes de mousson en Inde, affectant directement des centaines de millions de personnes. Il influence aussi l’activité cyclonique mondiale et peut contribuer à une hausse temporaire de la température globale, en s’ajoutant au réchauffement climatique déjà en cours.
C’est pourquoi les climatologues définissent un épisode El Niño lorsque les températures restent supérieures de +0,5 °C pendant au moins trois mois, et parlent d’un épisode fort au-delà de +1,5 °C. Mais réduire El Niño à ses impacts serait une erreur de lecture du problème.
Le vrai enjeu : ce que nous faisons avec l’incertitude
L’UNDRR souligne que le véritable sujet n’est pas uniquement de savoir si un « super El Niño » aura lieu, mais de comprendre comment les sociétés transforment une alerte probabiliste en action.
Un El Niño est un système d’anticipation exceptionnel : il offre plusieurs mois de préavis. Ce n’est pas une certitude, mais un signal d’alerte élargi, une invitation à préparer des réponses différenciées selon les territoires, les saisons et les vulnérabilités déjà existantes.
Pourquoi ? Parce que chaque événement s’inscrit dans un contexte : les réserves d’eau fragiles, les tensions agricoles, les crises économiques ou les conflits peuvent amplifier considérablement ses effets. À l’inverse, une préparation anticipée peut réduire fortement les impacts. Et donc, la question devient surtout systémique : qui agit, quand, et avec quels moyens ?
Une épreuve de gouvernance mondiale de risque
Un « super El Niño », s’il se confirme, ne serait pas seulement un test climatique. Ce serait un test de gouvernance.
Les leçons des événements passés, notamment celui de 1997–1998, sont claires : les impacts peuvent être massifs, mais largement évitables si l’anticipation fonctionne. Cela implique une coordination entre services météorologiques, agriculture, santé, finances publiques et acteurs locaux.
Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de prévoir le climat, mais de gouverner l’incertitude.
Référence de l'article
DiNezio, P. (2026, 6 juin). Faut-il craindre un « super El Niño » en 2026 ? Les signaux s’accumulent, mais les incertitudes demeurent. The Conversation.