Trop fréquentées, trop chères : voici les destinations à éviter en France cet été

Premier pays touristique du monde, la France offre un choix de destinations incomparable. Hélas, de plus en plus de sites sont victimes de surfréquentation et affichent un Touriscore rouge indiquant la forte pression touristique sur la population. Voici les 9 villes à contourner cet été pour éviter le bain de foule.

Cannes, ses plages bondées et son célèbre hôtel Carlton face à la mer.
Cannes, ses plages bondées et son célèbre hôtel Carlton face à la mer.

Si la France est le pays le plus visité au monde, 80 % de l’activité touristique se concentre sur 20 % du territoire. Afin d'analyser les dangers du surtourisme et la dégradation des conditions de vie pour les riverains, la start-up Ville de Rêve a mis en place le Touriscore, un indicateur qui pointe les problématiques du surtourisme sur les habitants des villes concernées. Il va du A pour une faible pression touristique au E, qui indique une ville très touristique et une très forte pression touristique sur la population. Sont pris en compte le taux de locations saisonnières, la concentration de bars et restaurants favorisant les nuisances, la densité de fréquentation et la hausse de la population touristique dans les centre-villes. A noter que quinze villes ont un Touriscore E, dont Nice, Annecy, Paris, Colmar, Aix-en-Provence et Cannes.

Cannes

Petit port de pêche à l'origine, Cannes est devenue la villégiature privilégiée des riches familles anglaises au début du XXe siècle, avant de voir sa cote exploser avec l'accueil du Festival du cinéma et la généralisation du tourisme dans le sud de la France. Cannes affiche un "Touriscore" rouge en raison de la saturation estivale et de la spéculation immobilière.

Avec un taux de résidences secondaires de 45% et plus de 32 % des logements du centre-ville transformés en meublés touristiques de type Airbnb, l'immobilier est sous tension. Les transports, les plages et les commerces du centre sont envahis en haute saison, au détriment de la vie locale.

Pour fuir la foule et l'agitation de Cannes en été, on peut se tourner vers des alternatives plus calmes comme Menton, Théoule-sur-Mer ou le village médiéval perché d'Èze.

Nice

Récemment classée « ville la plus stressante de France », Nice souffre également d'un Touriscore rouge, dû, lui aussi, à une hausse significative de sa capacité touristique de 23 % en dix ans. « On a un territoire saturé, confirme l’élue locale Hélène Granouillac, auprès de France 3 Régions. La mer, les zones urbanisées et les montagnes arrivent à saturation, on est dans un territoire gavé par le tourisme. » L'élue pointe du doigt les effets délétères du surtourisme sur l'environnement, en particulier, les hautes émissions de gaz à effet de serre et les limites d'approvisionnement en eau.

Le surtourisme à Nice provoque aussi une saturation des transports, une crise du logement et des tensions croissantes parmi les habitants, avec plus de 3,2 millions de séjours touristiques enregistrés et des pics de près de 200 000 visiteurs par jour en saison estivale. Le 7 juin dernier, une marche parodique a été organisée pour protester contre le surtourisme.

Pour éviter le surtourisme de Nice et sa bande côtière, il faut privilégier les pépites de l'arrière-pays comme Roquebrune-Cap-Martin, Peillon, Sainte-Agnès ou le Parc national du Mercantour. Ces havres de paix offrent nature, calme et authenticité loin des foules estivales.

Annecy

Annecy, son lac, ses canaux fleuris, ses ruelles anciennes… et ses 3 millions de visiteurs par an ! Avec une augmentation de 64% de sa capacité touristique entre 2015 et 2025, la perle des Alpes fait face à une forte saturation touristique. Lorsqu'on sait que son centre-ville se concentre sur à peine 1,37 kilomètre carré, le bilan ne peut être qu'alarmant.

Annecy, ses canaux et ses rives surfréquentées.
Annecy, ses canaux et ses rives surfréquentées.

La vieille ville est saturée - en particulier les lieux iconiques comme le pont des Amours, les plages sont surpeuplées et les commerces de proximité transformés en restauration rapide. Pour répondre aux enjeux posés par cet afflux touristique, les institutions locales tentent de limiter les locations saisonnières à la seule période estivale et incitent les visiteurs à venir au printemps ou à l'automne.

Pour fuir la foule d'Annecy, vous pouvez explorer le bout du lac à Doussard, vous mettre au vert dans le Massif des Bauges ou visiter les spectaculaires Gorges du Fier.

Antibes,

Troisième ville de la Côte d'Azur à se hisser en tête du classement, Antibes connaît aussi une très forte pression touristique. Son décor unique, avec sa citadelle au bord de la Méditerranée, ne cesse d'attirer les masses : 14 % de hausse au cours des dix dernières années, corrélés là encore à l'augmentation des locations estivales. Pour fuir son micro centre-ville bondé, on s'orientera plutôt vers Valbonne, dans l'arrière-pays, ou Vallauris, la capitale méridionale de la céramique.

Paris

C'est à Paris que la capacité touristique a connu la hausse la plus spectaculaire de ce classement, avec 43 % en dix ans et 49,1 millions de touristes au total l'année dernière. Certains quartiers comme Montmartre et le secteur du Sacré-Cœur attirent des millions de visiteurs, au détriment des commerces de proximité remplacés par des boutiques de souvenirs.

« Montmartre et certains quartiers de Paris vont-ils devenir un grand Disneyland à ciel ouvert ? », s'interroge un collectif d'élus parisiens dans une tribune publiée en janvier par Le Nouvel Obs. Ces derniers dénoncent l'explosion des Airbnb dans la métropole, mais aussi l'instauration de zones touristiques internationales (ZTI) par Emmanuel Macron, alors ministre de l'Économie, en 2015 — Montmartre, le Marais, le boulevard Haussmann, le champ de Mars… Une décision ayant mené à des pressions importantes sur le logement au détriment des résidents, sur les transports et sur l'activité commerciale, de plus en plus consacrée au seul tourisme. « Nous avons besoin de régulations fortes et d’une répartition plus équitable des flux sur le territoire métropolitain et national qui ne manquent pas d’atouts, martèlent les élus. Bien sûr, l’industrie touristique représente 15 % de l’emploi de la capitale et il faut préserver cela, mais Paris ne peut pas continuer à accueillir toujours plus de visiteurs de manière indéfinie. Le risque est de générer un rejet complet des touristes, comme dans d’autres capitales européennes, comme Amsterdam ou Barcelone. »

Avignon

« Dans l'hypercentre d'Avignon, un logement sur six est consacré à la location saisonnière », révèle Jérôme Devouge, le fondateur de Ville de Rêve, à Ici Vaucluse. La fréquentation avignonnaise augmente considérablement en juillet, au moment du Festival de théâtre et se concentre essentiellement à l'intérieur des remparts, au détriment des quartiers extra-muros. Pour éviter la foule, on se tournera vers Nîmes et son patrimoine antique remarquablement préservé.

Aix-en-Provence

À Aix, plus de 32 % des transactions immobilières récentes représentent des locations saisonnières détenues par des propriétaires multi biens. À quoi s'ajoute une densité de 651 bars et restaurants par kilomètre carré… De quoi occasionner des nuisances concrètes pour les habitants !

Comme alternative, on peut visiter les villages calmes et les sites naturels des environs comme Vauvenargues, Éguilles ou le Parc de Roques Hautes, avec ses sentiers ombragés parfaits pour admirer la roche rouge et la nature en contrebas de la Sainte-Victoire.

Marseille

Depuis sa labellisation de Capitale Européenne de la Culture en 2013, Marseille n'en finit plus d'attirer les foules. Le Mucem, les quartiers en vogue comme Malmousque ou Notre-Dame-du-Mont, les chefs qui font rayonner la ville, les bars et les boutiques boostent l'attractivité de la ville.

Au-delà des plaintes des riverains quant à l'explosion des prix de l'immobilier, la nature marseillaise pâtit, elle aussi, de ce surtourisme. La fréquentation effrénée des calanques fait l'objet de préoccupations croissantes depuis plusieurs années et a mené les acteurs locaux à restreindre leur accès pour les protéger en imposant des quotas.

Pour trouver du calme, on peut aller sur la Côte Bleue, dans les petits ports de Niolon, Ensuès ou Carry-le-Rouet, accessibles en train depuis Marseille-Saint-Charles.

Arles

Entre les Rencontres de la Photographie et les ferias, Arles séduit de plus en plus. Tout comme à Marseille, des chefs et hôteliers renommés y ont élu domicile, et entraîné avec eux une hausse du nombre de locations saisonnières. Les commerces de proximité sont remplacés par des commerces qui ne restent ouverts qu'une partie de l'année.

Depuis quelques temps, des affiches anti-tourisme fleurissent à travers les murs de la cité provençale : « Touriste, ton Airbnb augmente mon loyer », « Pour la santé mentale des riverains, merci de soulever vos valises à roulettes ».

Pour s'éloigner de la foule, on peut aller visiter le village de Fontvieille ou rouler jusqu'aux Saintes-Marie-de-la-Mer en traversant la Camargue.

Références

Vacances d'été : 14 destinations à éviter en France, entre surtourisme et prix élevés, Annabelle Dufraigne, le 22 juillet 2026