Quelle est cette plante subaquatique qui envahit à vitesse grand V les canaux français ?
Elle s'étend de plus en plus à travers le réseau fluvial français, au point d'en gêner son fonctionnement ainsi que la navigation. Cette plante exotique à la croissance ultra-rapide et que rien de semble arrêter se nomme le myriophylle hétérophylle. Même les experts sont dubitatifs.

Capable de pousser jusqu’à 30 centimètres par semaine en été, le myriophylle hétérophylle continue sa croissance en hiver, envahissant chaque année un peu plus les canaux français. Depuis déjà quelques années, la plante exotique s'enracine le long des berges avec une capacité d'adaptation rare.
Des écosystèmes asphyxiés, une navigation altérée
Premières victimes de cet envahissement, les écosystèmes subaquatiques que la plante étouffe par son omniprésence. Une fois qu'un espace est colonisé, la photosynthèse n'est plus possible et le milieu est asphyxié. Si rien n'est fait, l'impact pourrait aussi toucher le développement de la biodiversité et des autres plantes.
Au-delà de l'impact écologique, la présence du myriophylle complique la navigation et tout le fonctionnement d'un total de 1 000 km de voies fluviales, soit un quart des 4 300 km de petits canaux où circulent des péniches de petit gabarit. La plante s'enroule autour des hélices et même aux hameçons des pêcheurs.
Le myriophylle importé en France il y a plus de 40 ans
Originaire d'Europe du Nord, la plante aurait été importée en France dans les années 1980 par des passionnés de botanique. C'est à partir de 2019 qu'elle a commencé à se developper à un rythme effréné en profitant des effets du réchauffement climatique.
Près de Lyon : un premier arrachage-test du myriophylle hétérophylle mené dans la Saône https://t.co/53U0jie5bq
— Lyon Mag (@lyonmag) November 24, 2025
Les vagues de sécheresse à répétition ont provoqué la fermeture de canaux et la diminution du trafic fluvial, un temps calme bénéfique à la prolifération du myriophylle. Également vendue en jardinerie pour ses capacités oxygénantes, elle a aujourd'hui l'effet inverse et est capable d'asphyxier une marre entière.
Une plante coriace quasi impossible à déloger
Pour les experts de la plante, comme Cécile Pestelar, employée par Voies navigables de France (VNF), interrompre la croissance du myriophylle relève du mystère : « On ne sait pas arrêter sa progression. Mais si nous ne faisons rien, même l’eau ne passe plus. C’est une plante vraiment particulière, qui possède des caractéristiques que n’ont pas les autres plantes. »
Tous les efforts d'arrachage de la plante et de faucardage, l’équivalent d’une tondeuse passée au fond des eaux, sont vite estompés par sa vitesse de colonisation. « C’est un effort important, mais il nous permet de couper qu’à 1,80 m de profondeur. Avec une croissance de 30 cm par semaine en été, le travail est effacé en six semaines », souligne Cécile Pestelard.
Observé dans des étangs, rigoles d’alimentation et certains bras morts du Rhône, de la Saône, du Doubs, de la Marne, de la Meuse et de la Seine, le myriophylle hétérophylle arrive aussi dans la capitale. « On a en même trouvé à Paris, sur le canal Saint-Martin, en flottaison. » Les experts comptent aujourd'hui sur l'apparition d'un prédateur qui viendrait contrôler la croissance de la plante, et la reprise du trafic fluvial, pour perturber l'implantation du myriophylle.
Références de l'article :
Reporterre, « On ne sait pas l’arrêter » : une plante exotique envahit les canaux français
France Info, Environnement : la Myriophylle, une plante qui envahit les canaux et menace la biodiversité