Courir ensemble avant de partager un verre : l'essor des groupes de running
Les running clubs révèlent l’engouement d’une nouvelle génération pour la course à pied, envisagée non plus comme une pratique solitaire, mais comme un espace social en soi, avec ses codes vestimentaires, ses réseaux sociaux, ses challenges et ses moments de convivialité.

Elise, 29 ans, cadre dans la fonction publique, a récemment rejoint le Paname Run Club. Cependant, elle était déjà une adepte de ces clubs informels et urbains qui ont trouvé leur public à travers la France, au sein desquels on mêle séance de sport et interactions sociales. « Les gens qui participent ont envie de faire des rencontres, sinon tu restes à courir toute seule dans ton coin », confie-t-elle au Monde.
Apparu en France dans les années 1990, le running, qui ne dénombrait que 3 millions de coureurs dans les années 2000, est passé à plus de treize millions d’adeptes en vingt-cinq ans. L’application Strava, dont l’intérêt est d’ajouter la dimension sociale au suivi d’activité physique, a indiqué qu’en 2024, la participation aux clubs de running avait augmenté de 59 % à l’échelle mondiale.
La course à pied comme terrain de rencontres
Pratiquée seul ou à plusieurs, la course à pied ne nécessite ni grand investissement économique, ni équipement sophistiqué. Deux facteurs pourraient bien expliquer ce bond fulgurant. « La période Covid, où la seule possibilité était d’aller faire un footing d’une heure, et les réseaux sociaux, où partager son “run” est devenu un véritable phénomène de mode », indique Eric Schwartz, fondateur de divers marathons, semi-marathons et courses de dix kilomètres en France, au journal L'Opinion.

Si le culte du running fédère de plus en plus de pratiquants, c’est peut-être aussi car il est devenu un point de communion. On s’entraîne en groupe, on progresse ensemble. Sport solitaire par excellence, il est aujourd’hui devenu ultra-sociable. Peu importe le niveau, l’origine sociale, le parcours ou les opinions de chacun, dans un running club, tout le monde est au départ et tout le monde s’attend à l’arrivée. « Les running clubs proposent ainsi des sorties où l’objectif n’est pas de courir vite, mais de partager un moment, de rencontrer du monde et de vivre une expérience collective », indique Jay Doesitall, coach sportif à La Montgolfière Club de Paris interrogé par L'Opinion.
L'after run : après l'effort... le réconfort
Les applications spécialisées et les réseaux sociaux ont fait évoluer la pratique, lui donnant un vrai coup de jeune. Trois runners français sur quatre courent avec un objet connecté et un sur deux avec un smartphone, tandis que 40 % d’entre eux utilisent une application mobile spécifique pour le running. « Nous constatons, depuis 2023, un rajeunissement du nombre des inscrits, souligne Eric Schwartz. Auparavant, on commençait à courir vers 35 ans. Désormais, les 18/20 ans se ruent sur les courses officielles, que ce soit sur de courtes ou longues distances. » Et qui dit nouvelle génération dit nouveaux codes. Avec la Gen Z, la course à pied n’est plus seulement une affaire de chronos, elle devient un terrain d’expression, un vecteur de lien social. Remplaçant les soirées festives par des sorties sportives, les sessions de running des jeunes sont même propices aux rencontres.
Lancé fin septembre 2025, le compte Instagram « Social Running Vannes » compte près de 2700 followers un an plus tard. Le concept a vite séduit : « Ça a démarré fort », se réjouit Matthias Huet, son créateur. Commercial de 33 ans ayant déménagé de Rennes à Vannes en 2025, Matthias Huet y a vu une belle opportunité de développer un nouveau cercle amical. Ils sont une centaine à se retrouver chaque jeudi à 19h pour un run collectif, suivi d'un « after run » à 20h autour d'un verre, d'une pizza ou d'un beach volley. Sponsorisée par Décatlon, l'association a même créé des tee-shirts à l'effigie du club. Débutants comme coureurs aguerris sont les bienvenus ; certains participent ensemble à des courses du secteur.
Les clubs 100% féminins : bienveillance et sécurité
Les clubs 100% féminins ont également la côte, comme le Sunset Girls Run Club à Marseille ou Hoplà Running et Run Girls à Vannes. En semaine, les runeuses courent sur 3 ou 5 km sans pression, les ultra débutantes sont bienvenues, la bienveillance, le partage et le plaisir sont mis en avant. Et le week-end, les clubs proposent des sorties plus longues, voire des initiations au trail sur les sentiers côtiers, suivies d'un café pour papoter et se faire des copines.
« Run Girls est dédié à toutes celles qui veulent retrouver la forme, bouger, se motiver, partager un moment convivial, qu’importe le niveau, indique la Vannetaise Alicia Peron, fondatrice de Run Girls, au Télégramme. Tout se fait dans la bonne humeur, sans jugement. Le but est aussi de s’améliorer, de se lancer un petit défi. » Selon la runeuse, le fait d’être entre femmes apporte force collective, cohésion et solidarité. « En courant à plusieurs, il y a aussi la notion de sécurité. Certaines n’osent pas aller courir seules et encore moins quand il fait nuit. »
Références
Le running club, social par essence, Léa Trichter Pariente, le 18 mai 2026
« Certaines n’osent pas aller courir seules et encore moins quand il fait nuit » : Run girls, un groupe 100 % féminin pour se motiver à plusieurs, Anne Paulou, le 22 janvier 2026