L'île d'Oléron menacée par l'érosion : quelles solutions pour protéger en urgence ce joyau français ?

Les effets des tempêtes et de la montée des eaux impactent fortement le trait de côte de l'île d'Oléron, en recul de 25 mètres par endroits. Quelles solutions naturelles ont été mises en place par les autorités pour protéger l'île ?

Certaines parties de l'île d'Oléron subissent une érosion importante, de 5 à 20 mètres par an, notamment parce que la côte y est sableuse.
Certaines parties de l'île d'Oléron subissent une érosion importante, de 5 à 20 mètres par an, notamment parce que la côte y est sableuse.

Le recul du trait de côte semble s'accélérer d'année en année sur l'île d'Oléron, en Charente-Maritime. En urgence, les autorités s'affairent à limiter l'érosion du littoral, qui menace notamment la lagune d'infiltration des eaux traitées par une station d'épuration. Quelles solutions naturelles face à la montée des eaux et aux coups de mer, qui rognent les plages de ce joyau français ?

Une érosion de 20 mètres par an par endroits !

Le recul du trait de côte était au départ attendu pour 2030 sur l'île d'Oléron, mais visiblement, les effets conjugués des récentes tempêtes et de la montée des eaux liée au réchauffement climatique ont précipité les choses, devançant les prévisions : sur certaines plages, le littoral a reculé de 25 mètres.

Sur la partie Sud-Ouest de l'île, l'érosion est encore plus importante qu'ailleurs, avec un recul de 5 à 20 mètres par an, en raison de l'aspect sableux de la côte, explique Thierry Mareschal, responsable du service littoral de la communauté de communes de l'île. Et l'érosion s'accélère d'année en année…

Le problème, c'est que la plage des Allassins, sur la commune de Grand-Village-Plage, particulièrement victime de l'érosion, est située juste devant les bassins d'infiltration des eaux traitées par une station d'épuration à 600 mètres de là. L'enjeu des années à venir sera donc de les protéger : les autorités locales cherchent donc un rempart naturel en urgence pour éviter la submersion marine des bassins.

Si certains évoquent des risques de pollution ou de dysfonctionnement en cas d'infiltration d'eau de mer dans les bassins via une brèche, Christophe Sueur, président du syndicat Eau 17, estime qu'"il n'y a pas de risque de pollution majeure". Le but des travaux en cours est d'éviter que la dune ne s'affaisse pendant la haute saison et que les eaux des bassins ne s'écoulent sur la plage, causant un "préjudice touristique".

Un rempart "innovant" à base de filets de pierres

Ces travaux d'urgence en cours, d'un coût de 620.000 € hors taxe, partagés entre le syndicat de l'eau et la collectivité oléronaise, vont durer deux mois sur plusieurs centaines de mètre, afin de protéger la station d'épuration de l'érosion littorale, qui menace particulièrement la lagune d'infiltration des eaux usées.

Les autorités, pour éviter toute intrusion d'eau de mer dans le système de lagunage, ont choisi d'installer un rempart "innovant", composé de filets de gabions (des pierres) repositionnables et pesant chacun quatre tonnes. Depuis la mi-janvier, des engins de chantier empilent ces filets de pierres au pied du cordon dunaire, derrière lequel se trouvent les bassins d'infiltration. La souplesse des sacs de pierres devrait amortir les vagues et éviter au maximum l'érosion.

Comme leur nom l'indique, ces travaux d'urgence ne sont qu'une solution transitoire, puisque d'ici 5 ans, les eaux traités ne s'infiltreront plus sur place mais rejoindront l'exutoire en mer d'une autre station d'épuration de l'île d'Oléron. Le président du syndicat Eau 17 tire la sonnette d'alarme : "Il y a urgence à agir, sinon plus personne ne pourra tirer la chasse d'eau sans le Sud d'Oléron".

Les filets utilisés ont été fabriqués au Japon, tandis que les pierres viennent d'une carrière voisine. C'est l'une des premières fois que ce système est testé sur les côtes françaises, sur l'un des littoraux les plus exposés à l'érosion en Europe. Les résultats seront donc scrutés par de nombreuses communes du littoral atlantique déjà fortement impactées, comme Soulac-sur-Mer (Gironde), Labenne (Landes) ou Royan (Charente-Maritime).

Référence de l'article :

GEO. "Il y a une urgence à agir" : pour protéger ses côtes de l'érosion, l'île d'Oléron érige un rempart naturel.