Inondations en France : pourquoi la bétonisation massive accentue le risque de crue ?
Espaces naturels, agricoles ou forestiers toujours un peu plus grignotés par l'urbanisation, haies arrachées, rivières déroutées... Aujourd'hui les sols sont appauvris ainsi que leur rôle de barrière protectrice face aux pluies intenses. Résultat ? Des crues et des sécheresses qui s'aggravent.

Le phénomène de crue fait partie des aléas naturels mais les activités humaines « aggravent fortement la situation », explique l’ingénieure hydrologue Charlène Descollonges rencontrée par Reporterre. Aujourd'hui, les conséquences sont visibles après le passage de la tempête Nils qui a laissé une partie de l'Ouest de la France les pieds dans l'eau, avec certaines régions encore en vigilance extrême inondations ce 19 février.
Dans son livre Eaux vives, l'ingénieure résume : « En accélérant les flux d’eau en surface, en surexploitant l’eau douce et en l’évacuant rapidement vers la mer, nous nous rendons vulnérables aux sécheresses comme aux pluies intensifiées par le changement climatique. »
La France championne de la bétonisation
Chaque année, environ 20 000 à 30 000 hectares sont consommés, souvent pour des logements et des infrastructures. La France est le pays européen le plus concerné, avec l'impact majeur sur la biodiversité et le climat que cela entraine : la bétonisation aggrave les inondations en imperméabilisant les sols, empêche l'absorption de l'eau et détruit les habitats naturels.
« Il existe tout un tas de facteurs aggravants : des sols agricoles drainés, des villes imperméables, des haies arrachées, des rivières rectifiées, transformées en autoroute à eau. En gros, tout ce qui permettait de ralentir et d’infiltrer l’eau a été détruit ou dégradé », alarme Charlene Descollonges.
Images impressionnantes en #France où des #inondations sont en cours dans l'ouest après le passage de la #tempête #Nils, suivie par #Pedro.
— FRANCE 24 Français (@France24_fr) February 19, 2026
État des lieux ️ pic.twitter.com/8vdxpDjzfF
L'activité humaine responsable de l'intensification des crues et de la sécheresse
La modification des sols et des cours d'eaux ne fait pas qu'aggraver les crues, elle est aussi responsable de sécheresses intenses. « On a également altéré le cycle de l’eau verte, cette eau essentielle, contenue dans les premiers mètres du sol, qui est évapotranspirée par les végétaux. Avec nos sols appauvris, nos forêts uniformes, nos villes imperméables, on a détruit la capacité des milieux à absorber et à recycler la pluie. »
Les sols ont été appauvris depuis l'après-guerre, d'abord par l'intensification de l'agriculture qui a engendré une perte de la capacité d’absorption et de stockage des sols. La modification du paysage naturel (asséchage des zones humides, arrachage des haies, conversion des prairies humides en grandes cultures...) et l'utilisation massive de produits chimiques ont appauvri les sols en espèces vivantes, autrement dit, ils ont éradiqué les matières organiques rendant les sols incapables de retenir l’eau.
Quelles solutions pour la suite ?
L'ingénieure a cependant bon espoir de voir la tendance s'inverser : « Si on se limite à quelques jardins ou parcelles agricoles, cela ne restaurera pas les cycles de l’eau. On a besoin de dynamiques collectives pour pousser ce changement, rendre la terre à l’eau. »
Elle appelle aussi les citoyens à végétaliser autant que possible à leur niveau. « Quand on a la chance d’avoir un jardin, on peut faire plein de choses : planter des arbres, faire une mare, récupérer l’eau de pluie... »
Références de l'article :
Reporterre, Crues : « On a détruit tout ce qui permettait d’absorber la pluie »
France Nature Environnement, Inondations : on bétonne et on s’étonne !