En réduisant la pollution de l'air, la Chine a réchauffé la planète ! Comment est-ce possible ?

Une équation étonnante : moins de pollution = climat plus chaud ! Selon les climatologues, la politique anti-pollution menée avec succès par la Chine depuis 20 ans a eu en effet un pouvoir réchauffant sur le climat de la planète. Pourquoi ?

Depuis 2013, la Chine a réduit sa pollution atmosphérique de 50% : les images de ciel encombré par un brouillard jaune sont devenues plus rares (comme ici à Pékin).
Depuis 2013, la Chine a réduit sa pollution atmosphérique de 50% : les images de ciel encombré par un brouillard jaune sont devenues plus rares (comme ici à Pékin).

Depuis l'année 2023, la Chine a décidé de tenter d'éradiquer la pollution de l'air : il faut dire que les images de fumées toxiques et d'épais brouillards présents dans les grandes villes du pays choquaient souvent les opinions publiques du monde entier. Mais comment cette politique de réduction de 50% de la pollution atmosphérique a-t-elle pu contribuer au réchauffement climatique de la Terre ?

Le rôle du dioxyde de soufre

Des climatologues, dans une étude publiée ce mois-ci dans la revue Geophysical Research Letters, se sont intéressés aux effets de cette politique de réduction de moitié de la pollution atmosphérique en Chine depuis 20 ans. Le pays a décidé de doter d'épurateurs les centrales à charbon encore en activité, de soumettre l'industrie à de nouveaux standards et de durcir les règles en matière de pollution.

Certes, les objectifs ont été atteints avec succès, mais avec des conséquences étonnantes sur… la température de la planète entière ! Un réchauffement inattendu de la Terre, directement lié à cette politique environnementale ambitieuse, qui visait surtout à réduire le taux de dioxyde de soufre dans l'air, un gaz qui contribue à créer des pluies acides et des brouillards épais.

Les deux-tiers du dioxyde de soufre présent dans l'air ont été éliminés : le problème, c'est que ce gaz est un rouage essentiel dans le processus de refroidissement de la Terre. Quand il est présent dans l'atmosphère, il forme des aérosols reflétant les rayons du soleil et les renvoyant vers l'espace, comme une forme d'écran. Cela évite à la planète de trop se réchauffer.

12% du réchauffement global

Selon les calculs réalisés par ces chercheurs, la réduction de deux-tiers du taux de dioxyde de soufre en Chine a entraîné un réchauffement de la planète correspondant à un tiers du réchauffement dû aux gaz à effet de serre.

Concrètement, en chiffres, cela donne une hausse de 0,06 ou 0,07°C entre 2007 et 2025 : cela vous paraît peu, mais cela correspond tout de même à 12% du réchauffement global sur la période, ce qui est non négligeable !

Pour comprendre comment le réchauffement climatique évolue sur la Terre, ces climatologues ont modélisé les émissions de gaz à effet de serre et d'aérosols dans l'atmosphère asiatique. La Chine n'est pas en effet à blâmer, car dans le même temps, si elle a atteint ses objectifs anti-pollution, l'Inde voisine a augmenté ses émissions de gaz à effet de serre sur la même période !

Les actions politiques et environnementales de chaque pays ont donc des effets globaux bien au-delà de leurs frontières géographiques. Ces résultats ne signifient pas que la pollution chinoise doit revenir, mais bien que le climat est une science complexe. Les modélisations futures du climat devront désormais prendre en compte aussi les effets temporaires de la disparition des aérosols, en plus des effets durables de la réduction des émissions carbone.

Références de l'article :

GEO. La Chine a atteint ses objectifs anti-pollution… et réchauffé la planète.

W.P. Smith et al., Geophysical Research Letters, 2026. Reduction of Global Sulfate Aerosol Concentration and Corresponding Radiative Effects From Recent Chinese Emission Reduction.