Pourquoi les Français s'informent-ils autant sur le climat...sans passer davantage à l'action ?

Selon une étude de l’université d’Oxford, jamais les Français n’ont été aussi captivés par le climat… mais passer à l’action, c’est une autre affaire. Pourquoi ce décalage ?

La France est "championne" de l’info climat, mais l’action climatique stagne.
La France est "championne" de l’info climat, mais l’action climatique stagne.

La France occupe une place à part dans le paysage médiatique climatique. 60 % des Français déclarent s’informer sur le climat au moins une fois par semaine, contre 50 % en moyenne dans les huit pays étudiés. C’est le niveau le plus élevé observé par le Reuters Institute de l’université d’Oxford, dans une enquête menée en novembre 2024.

Ces résultats reposent sur une enquête en ligne conduite par Ipsos, auprès d’environ 1 000 répondants par pays, avec des échantillons pondérés selon l’âge, le genre et la région afin de refléter la structure de la population connectée. Il est important de le souligner : les données sont représentatives de la population en ligne, ce qui peut sous-représenter les publics les plus âgés ou les moins connectés. Une limite méthodologique assumée, mais constante depuis 2022, permettant des comparaisons fiables dans le temps.

Comment les Français s'informent ?

En France, l’information climatique passe d’abord par les médias traditionnels. La télévision reste la principale porte d’entrée : 42 % des Français ont vu un sujet sur le climat au journal télévisé la semaine précédant l’enquête, un record parmi les pays analysés. La vidéo est le format le plus apprécié, loin devant les articles écrits.

Les scientifiques sont au cœur de cette information : 74 % des répondants leur font confiance, ce qui en fait de loin la source la plus crédible sur le climat. Les médias, eux, recueillent un niveau de confiance stable (environ 50 %), tandis qu’en France, fait notable, les activistes environnementaux bénéficient d’un niveau de confiance équivalent à celui des médias (35 %). Ces chiffres montrent que le public ne rejette pas l’information climatique ; il l’écoute, et il sait à qui il accorde sa crédibilité.

Alors, pourquoi l'action stagne ?

Malgré cette exposition élevée, les comportements évoluent peu. Les chercheurs parlent de « climate perception inertia » : une stagnation des perceptions, des attitudes et de l’engagement face au changement climatique depuis 2022, observée dans la majorité des pays étudiés, y compris en France.

Ce phénomène est d’autant plus frappant que le contexte climatique s’aggrave. 2024 est l’année la plus chaude jamais enregistrée, et la première à dépasser en moyenne mondiale le seuil de +1,5 °C, fixé par l’Accord de Paris. Pourtant, la proportion de personnes préoccupées par les impacts du climat, plus de deux tiers, dans tous les pays, reste remarquablement stable. L’inquiétude est forte, mais elle n’augmente plus. Elle s’installe, parfois jusqu’à la lassitude.

Quelle serait la clé pour passer à l'action ?

L’étude met en évidence un levier décisif : l’intérêt pour l’information climatique augmente lorsqu’elle touche au quotidien. 54 % des répondants se disent particulièrement attentifs aux liens entre climat et événements météorologiques, et 52 % à ceux entre climat et actualité locale. À l’inverse, les récits trop globaux ou institutionnels peinent à susciter l’engagement.

Les grandes conférences internationales illustrent ce décalage. Si 60 % des répondants estiment que les COP influencent les politiques climatiques, 59 % pensent qu’elles sont trop influencées par les intérêts des grandes entreprises. Ce mélange d’espoir et de scepticisme nourrit une forme de désengagement : on comprend l’enjeu, mais on doute de la capacité du système à changer réellement.

Le message central de l’enquête est clair : l’information climatique a gagné la bataille de l’attention, mais pas encore celle de la transformation. Pour dépasser l’inertie, il faut relier les données aux expériences vécues, les chiffres aux solutions locales, les alertes globales aux leviers concrets d’action.

La France ne manque ni de connaissances ni de conscience climatique. Son défi est désormais narratif et politique : transformer une information abondante en pouvoir d’agir, en montrant ce qui fonctionne, ici et maintenant.

Référence de l'article

Ejaz, W., Mukherjee, M., & Fletcher, R. (2025, Janvier). Climate change and news audiences report 2024: Analysis of news use and attitudes in eight countries. Oxford Climate Journalism Network. https://doi.org/10.60625/risj-vsjy-zm64