Les incendies qui ont frappé l'Europe cet été ne sont qu'un avant-goût de ceux à venir

Plus de 1750 incendies, des centaines de milliers d’évacuations et près de 607 milles hectares brûlés : l’été 2026 donne un aperçu saisissant d’un risque appelé à s’amplifier. Selon une nouvelle étude, les surfaces touchées pourraient presque tripler d’ici 2100.

Les incendies se multiplient en Europe lors de l’été 2026. Le changement climatique pourrait encore accroître fortement les surfaces touchées par les feux.
Les incendies se multiplient en Europe lors de l’été 2026. Le changement climatique pourrait encore accroître fortement les surfaces touchées par les feux.

L’Europe connaît une saison des incendies particulièrement intense. Depuis le début de l’été, plus de 1 750 incendies ont été recensés dans l’Union européenne. En France et en Espagne, les flammes ont contraint des centaines de milliers de personnes à évacuer. La Belgique a affronté son pire incendie depuis un siècle, tandis que plusieurs secteurs touristiques de Grèce ont été perturbés par les feux.

Un été européen sous haute tension

Au total, environ 1,5 million d’acres, soit près de 607 000 hectares, avaient brûlé alors que la saison n’était pas terminée.

En France, le début de l’été a lui aussi été particulièrement préoccupant. Selon l’analyse de l’IPSL, les surfaces brûlées entre le 1er juin et le 3 juillet 2026 étaient près de six fois supérieures à la moyenne de 2008-2025, un record pour cette période depuis le début de la série.

Cette situation s’inscrit dans un contexte exceptionnel : juin 2026 a été le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France et en Europe de l’Ouest, avec une anomalie de +3,8 °C par rapport à 1991-2020.

Chaleur, sécheresse et végétation : le cocktail explosif

Lorsqu’une température en hausse s’accompagne d’un déficit d’eau, elle peut considérablement assécher les sols et la végétation. Le combustible devient alors plus inflammable et le feu peut se propager plus rapidement, notamment lorsque les vents se renforcent.

L’analyse de World Weather Attribution montre combien le changement climatique modifie ces conditions. Les niveaux d’évaporation observés en 2026 sont devenus environ 80 fois plus probables en Europe de l’Ouest et 40 fois plus probables en Europe de l’Est sous l’effet du réchauffement. Les conditions de sécheresse agricole observées étaient, elles, cinq fois plus probables en Europe de l’Ouest et onze fois plus en Europe de l’Est.

Cette combinaison est particulièrement préoccupante pour les services de secours : plus les conditions sont chaudes, sèches et venteuses, plus les incendies peuvent devenir rapides, vastes et difficiles à contenir.

Un triplement des surfaces touchées

Une nouvelle étude publiée dans Global Change Biology vient donner une perspective à plus long terme. Parmi ses co-autrices figure Kirsten Thonicke, climatologue au Potsdam Institute for Climate Impact Research, qui souligne que les incendies observés actuellement en France, en Espagne ou en Grèce montrent déjà à quel point les conditions météorologiques peuvent mettre les moyens de lutte sous pression.

Les chercheurs ont comparé plusieurs trajectoires de réchauffement. Dans un scénario où la hausse de la température mondiale atteindrait 1,8 °C, les surfaces brûlées chaque année en Europe augmenteraient de 39 %.

Dans un scénario beaucoup plus chaud, à environ 3,6 °C, cette augmentation atteindrait 192 %. La superficie européenne touchée par les incendies pourrait ainsi presque tripler d’ici 2100.

Prudence. Ces projections ne signifient pas que chaque été futur connaîtra les incendies de 2026. Elles montrent que plus le climat se réchauffe, plus les conditions favorables aux feux deviennent fréquentes et extrêmes.

La prévention devra évoluer avec le climat

Face à cette évolution, disposer de davantage de moyens pour combattre les flammes reste indispensable. Mais la lutte contre les incendies ne pourra pas tout résoudre.

La gestion de la végétation autour des habitations peut réduire certains risques, tandis qu’une gestion préventive des paysages contribue à limiter l’accumulation de combustible. L’Europe a renforcé aussi sa préparation : en 2026, 777 pompiers issus de 14 pays, ainsi que 22 avions et 5 hélicoptères, ont été prépositionnés dans les régions exposées.

Pour l’écologue Erica Smithwick, ces mesures sont essentielles pour protéger les populations et les écosystèmes, mais elles ne pourront pas neutraliser à elles seules l’augmentation du danger liée au changement climatique.

Référence de l'article

Jackie Flynn Mogensen. (2026). Europe’s summer of wildfires is just a taste of what’s to come.