Les forêts françaises perdent leur superpouvoir climatique
Elles captent du carbone, abritent une biodiversité exceptionnelle et nous protègent des extrêmes climatiques. Mais les forêts françaises s'affaiblissent. Pourquoi ces alliées essentielles du climat peinent-elles désormais à résister au réchauffement ?

À première vue, la forêt française semble bien se porter. En 2023, elle couvrait 17,5 millions d'hectares, soit 32 % du territoire métropolitain. Sa surface continue même de progresser depuis plusieurs décennies. Pourtant, les signaux d'alerte se multiplient. Sous l'effet du changement climatique, les arbres grandissent moins vite, les plantations échouent davantage et la mortalité forestière a tout simplement doublé en dix ans.
Depuis 2018, plus de 300 000 hectares de forêts publiques ont subi un taux de mortalité inédit, soit l'équivalent de 30 fois la superficie de Paris. Ce phénomène touche désormais presque toutes les régions françaises.
Quand les arbres manquent d'eau
Comme tous les êtres vivants, les arbres ont besoin d'eau pour survivre. Or les vagues de chaleur, les sécheresses prolongées et l'évolution des précipitations réduisent progressivement cette ressource essentielle.
Lorsque les sols s'assèchent, les arbres entrent en stress hydrique. Pour limiter leurs pertes en eau, ils ferment de minuscules pores présents sur leurs feuilles, appelés stomates. Mais cette stratégie a ses limites.
Privés d'eau pendant trop longtemps, certains arbres ne parviennent plus à refroidir leurs feuilles par évapotranspiration, un mécanisme comparable à la transpiration humaine. D'autres voient apparaître des bulles d'air dans leurs vaisseaux conducteurs de sève : c'est le phénomène de cavitation. À terme, les réserves s'épuisent, les arbres dépérissent puis meurent.
Incendies, tempêtes et ravageurs : une pression constante
Le changement climatique amplifie également les événements extrêmes. Les chercheurs estiment que les conditions favorables aux feux extrêmes sont devenues 50 fois plus probables entre 2008 et 2017 qu'en 1960. Les modèles prévoient désormais une extension du risque d'incendie vers de nouveaux territoires.
Les bioagresseurs profitent eux aussi de cette fragilisation. Les scolytes, de petits coléoptères qui creusent des galeries sous l'écorce, réalisent désormais jusqu'à 2 à 3 générations par an, contre 1 à 2 auparavant. Après la crise de 2018-2019, ils ont provoqué la mortalité de 37 millions de mètres cubes d'épicéas et de sapins.
La chenille processionnaire poursuit également sa progression, avançant d'environ 4 kilomètres par an vers le nord et l'est du pays.
Une forêt qui change de visage
Le problème ne concerne pas uniquement les arbres adultes. C'est tout le fonctionnement des écosystèmes forestiers qui est perturbé. Les bourgeons s'ouvrent plus tôt au printemps, augmentant les risques liés aux gelées tardives. Les incendies plus fréquents compliquent la régénération naturelle. Certaines espèces remontent progressivement en altitude ou vers le nord à la recherche de conditions plus favorables.
Selon l'Office national des forêts (ONF), la moitié de la forêt française pourrait avoir changé de visage d'ici 50 ans. Hêtre, épicéa, sapin, pin sylvestre ou encore frêne deviennent progressivement moins adaptés à certaines régions où ils prospéraient jusqu'à présent.
Adapter les forêts de demain ?
Face à ce constat, l'inaction n'est plus une option. Les mécanismes naturels d'adaptation des forêts sont en moyenne dix fois plus lents que la vitesse actuelle du changement climatique.
L'ONF mise désormais sur la diversification des essences à travers le concept de forêt mosaïque, qui favorise une plus grande variété d'espèces et de modes de gestion. La régénération naturelle reste privilégiée lorsque cela est possible : en 2025, elle représentait 65 % des surfaces renouvelées dans les forêts domaniales.
Depuis 2020, les programmes France Relance, France 2030 et France Nation Verte ont permis de restaurer 23 000 hectares de forêts publiques. Les expérimentations se multiplient également, avec 746 îlots d'avenir couvrant 1 331 hectares, où forestiers et scientifiques testent les essences susceptibles de mieux résister au climat de demain.
Références de l'article
Observatoire des forêts françaises. (2024, 3 septembre ; mise à jour le 15 avril 2026). Les effets attendus du changement climatique sur l’arbre et la forêt. Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire.
Office national des forêts. (2026, 5 février). Changement climatique et dépérissement : pourquoi il faut agir en forêt.