L'agrivoltaïsme en France améliore-t-il réellement les performances agricoles ?

Moins de chaleur, moins de stress hydrique… et plus de rendement ? L’agrivoltaïsme séduit, chiffres à l’appui. Mais les études scientifiques confirment-elles ces promesses pour l’ensemble des exploitations agricoles ?

Culture de légumes sous panneaux photovoltaïques.
Culture de légumes sous panneaux photovoltaïques.

L’agrivoltaïsme, c’est l’idée d’installer des panneaux photovoltaïques au-dessus des cultures ou des élevages pour produire de l’électricité tout en continuant à produire de la nourriture. En France, cette pratique connaît une croissance rapide : 218 installations raccordées pour une puissance cumulée de plus de 2,2 GWc, selon l’ADEME, avec 1 600 projets supplémentaires en développement.

Une promesse encadrée, mais encore peu vérifiée

Pour éviter les dérives, la réglementation encadre ces installations. Le décret du 8 avril 2024 définit quatre services rendus à l’agriculture : l’amélioration du potentiel agronomique, l’adaptation au changement climatique, la protection contre les aléas et le bien-être animal. Trois seuils structurants sont également fixés : 40 % maximum de couverture, au moins 90 % du rendement agricole de référence, et moins de 10 % de perte de surface exploitable.

Mais sur le terrain, ces règles sont-elles réellement respectées ? Car aujourd’hui, les données de suivi restent limitées. L’ADEME observe, mais ne contrôle pas directement. Sans contrôle rigoureux, même les meilleurs cadres réglementaires peuvent rester théoriques.

Des résultats impressionnants...mais très ciblés

Certains projets pilotes montrent des résultats spectaculaires. À Verdonnet, un site expérimental a enregistré une baisse moyenne de 1,4 °C sous les panneaux, avec des pics allant jusqu’à 7 °C en période de canicule. Le rendement agricole est ainsi en hausse de 18 % grâce à un pilotage intelligent des panneaux.

Sur le soja, à Amance, les bénéfices sont tout aussi marquants : 75 % de jours de stress hydrique en moins et une évapotranspiration réduite de 35 %. Concrètement, cela signifie que les plantes souffrent moins de la sécheresse, un enjeu crucial dans un climat qui se réchauffe.

La viticulture offre un autre exemple frappant. Sur 34 sites couvrant 58,5 hectares, les systèmes de Sun’Agri affichent en 2025 une hausse de rendement de 28 %, une réduction de 60 % de l’eau utilisée, et une baisse de 5 °C de la température des feuilles. Visuellement, les vignes apparaissent plus vigoureuses, plus vertes.

Toutefois, le point commun de ces résultats réside dans le fait qu'ils proviennent de démonstrateurs très technologiques, coûteux et finement pilotés. Ces performances sont-elles alors reproductibles à grande échelle ?

Des critiques fortes et des réalités économiques

À mesure que le modèle se développe, les critiques se multiplient.En avril 2025, 400 organisations ont dénoncé un « accaparement foncier déguisé ». Une expression forte, qui traduit une inquiétude réelle : celle de voir les terres agricoles détournées de leur vocation première.

Le baromètre de la FFPA ou Fédération Française des Producteurs Agrivoltaïques, révèle que 56 % des agriculteurs engagés dans l’agrivoltaïsme considèrent les revenus complémentaires comme un argument décisif. Et pour cause : les loyers peuvent atteindre 2 500 à 10 000 euros par hectare et par an. Dans un contexte de revenus agricoles souvent fragiles, l’argument est difficile à ignorer.

Tout n'est pas si simple. 35 % des exploitants évoquent des difficultés techniques comme l'incompatibilité avec les machines, les contraintes de hauteur, l'accès compliqué aux parcelles. Et surtout, des engagements à long terme, parfois 30 ans, qui peuvent peser sur la transmission des exploitations.

L’agrivoltaïsme n’est donc pas uniquement une innovation technique, c’est aussi un choix économique et patrimonial, parfois irréversible.

Ce que dit la science...et ce qu'elle ne sait pas encore

Les travaux de l’INRAE apportent un éclairage plus nuancé. Selon leurs premiers résultats, certaines cultures peuvent subir une baisse de rendement de 25 % avec seulement 20 % de couverture photovoltaïque. Un chiffre qui interroge, surtout face au seuil légal de 40 %.

Cela met en évidence que tous les systèmes ne se valent pas. Les installations fixes, moins coûteuses, pourraient être moins performantes que les systèmes pilotés. Or, ce sont elles qui ont le plus de chances d’être déployées massivement.

Par ailleurs, l’ADEME rappelle que la France dispose d’un immense potentiel solaire sans utiliser de terres agricoles : 364,3 GW sur les toitures, 123 GW sur les parkings, 49 GW sur les friches industrielles. Alors pourquoi aller sur les terres agricoles ? Parce que c’est peut-être… plus simple, plus rentable.

Au fond, dans certaines conditions, pour certaines cultures, avec des systèmes adaptés, OUI, l’agrivoltaïsme fonctionne. Seulement, le débat dépasse la technique. L’agrivoltaïsme peut être une solution précieuse face au changement climatique s’il est bien encadré. Sinon, il risque de devenir une opportunité économique qui fragilise, à long terme, notre capacité à produire de la nourriture.

Référence de l'article

Jennifer D. (2026, 10 avril). Agrivoltaïsme : promesse agricole ou accaparement foncier ? Actualités News Environnement.