Jeux olympiques d'hiver : le climat est en train de gagner la partie
Selon des études scientifiques récentes, le réchauffement transforme les Jeux olympiques d’hiver : raréfaction de la neige, recours massif aux canons, empreinte carbone élevée… jusqu’où l’adaptation reste-t-elle possible ?

Les Jeux olympiques d’hiver, tradition millénaire de sports de neige, subissent déjà l’effet du réchauffement climatique. À Cortina d’Ampezzo, ville hôte des JO 2026, le nombre de jours de gel a diminué d’un cinquième par rapport à la décennie suivant les Jeux de 1956, selon Climate Central.
Un climat qui redessine les montagnes
Les températures de février sont en moyenne 3,6 °C plus chaudes qu’il y a 70 ans, bien au-dessus de la moyenne mondiale de +1,4 °C depuis l’ère préindustrielle. Les Alpes et autres massifs européens perdent de la neige.
L’analyse du National Snow and Ice Data Center indique que les Alpes, Carpathes et Apennins ont vu leur couverture neigeuse diminuer de 50 points de pourcentage ou plus sur les 20 dernières années. Pour les athlètes, cela signifie des conditions de pratique plus instables ; pour les organisateurs, des contraintes logistiques et écologiques majeures.
La neige artificielle redessine les montagnes
Face à cette perte, l’Italie et d’autres pays européens se tournent massivement vers la neige artificielle. Aujourd’hui, 90 % des pistes italiennes dépendent de canons à neige, un processus qui consomme beaucoup d’énergie et d’eau. Même les systèmes modernes, plus efficaces et utilisant 30 % d’électricité en moins, ne peuvent produire de la neige qui tienne durablement sous des températures élevées.
Au-delà des chiffres, la neige naturelle a une dimension vivante.
Chaque flocon naît dans les nuages, à des températures bien inférieures à 0 °C, où la vapeur d’eau se condense sur de minuscules particules qu’on appelle noyaux de condensation, pour former un cristal unique. Il tombe au sol, évolue et métamorphose le paysage. Cette complexité naturelle, impossible à reproduire intégralement de manière artificielle, rend l’enjeu de l’adaptation encore plus tangible.
Des jeux à la fois victimes et acteurs du réchauffement
Les JO d’hiver incarnent un paradoxe climatique : ils dépendent fortement de conditions hivernales stables, tout en contribuant eux-mêmes de manière significative au réchauffement global. D’après l’analyse de Gogishvili et Müller publiée cette année, l’empreinte carbone des Jeux d’hiver se situe généralement entre 1 et 1,5 million de tonnes de CO₂ équivalent, un ordre de grandeur comparable aux émissions annuelles d’une ville de taille moyenne.
Ces émissions proviennent principalement de deux postes : la construction d’infrastructures (sites sportifs, routes, équipements) et les déplacements, en particulier le transport aérien des spectateurs, des équipes et des délégations. À Milan-Cortina 2026, la raréfaction de la neige naturelle a conduit à la création de réservoirs dédiés à l’alimentation des canons à neige, associés à des capteurs destinés à optimiser la production et à limiter les pertes.
Cependant, cette sophistication technologique se heurte à une limite physique incontournable car au-delà de certains seuils de température, la neige artificielle fond elle aussi rapidement.
Il est donc urgent de repenser en profondeur l'organisation de ces Jeux, leur taille et leur dépendance aux conditions climatiques.
Une leçon pour le sport et pour la planète ?
Le climat impose ses règles, et l’ingéniosité humaine a ses limites. Le nombre de pays capables d’accueillir les Jeux pourrait tomber à 10 d’ici 2040 . Cette réalité invite les organisateurs à intégrer le changement climatique dans la planification, mais nous interpelle aussi que nos choix collectifs et individuels façonnent le futur de la montagne et de ses sports.
L’adaptation climatique passe par une approche durable et responsable, combinant préservation des ressources, innovation et conscience environnementale.
Références de l'article
Mooney, A., & Bernard, S. (2026, February 6). Climate change is reshaping the Winter Olympic Games. Financial Times.
Gogishvili, D., & Müller, M. (2026). Past carbon emissions and future targets for the Olympic Games. The Geographical Journal. https://doi.org/10.1111/geoj.70068
Le Parisien. (2025, 21 novembre). La magie de voir le paysage se transformer en quelque chose d’étincelant : pourquoi la neige nous fascine tous.