Vague de chaleur ou canicule marine : comprenez ce phénomène qui touche actuellement les côtes françaises

En vous baignant, vous vous êtes peut-être rendus compte de l'incroyable douceur de la température de l'eau sur nos plages de France, pour cette époque de l'année : pourquoi parle-t-on même par endroits de "vague de chaleur" ou "canicule marine" ?

Sur certaines plages de France, les températures de l'eau de mer atteignent des niveaux parfois inédits pour un début de mois de juin. Quelles sont les zones les plus concernées ? Quelles sont les causes de cette "canicule marine" ? Faut-il s'inquiéter pour la suite de l'été ? Quelles sont les conséquences redoutées de ces chaleurs aquatiques ?

5 à 6°C de plus que la normale !

En mer du Nord et en Manche, les températures normales de l'eau évoluent entre 13°C en mai et 15 à 16°C en juin. Pour les côtes de l'Atlantique, la fourchette passe de 15 à 16°C en mai à 18 à 19°C en juin. Enfin, sur les bords de la Méditerranée, la température normale de l'eau est plutôt de 16 à 18°C en mai et de 20 à 22°C en juin.

Ce vendredi après-midi, les températures de l'eau dépasseront encore allègrement les 20°C sur le littoral Atlantique.
Ce vendredi après-midi, les températures de l'eau dépasseront encore allègrement les 20°C sur le littoral Atlantique.

Cela signifie donc que début juin, ces températures doivent se rapprocher de 15°C près de la Manche, de 17 à 18°C en Atlantique et de 19 à 20°C en Méditerranée. Actuellement, seule la mer du Nord et la Manche ont des températures proches de la normale, avec 14 à 17°C. Sur les autres plages du pays, on observe une anomalie thermique parfois conséquente, des valeurs dignes du plein été localement, voire davantage.

Sur la côte Atlantique, on relève des températures allant de 16 à 20°C sur la partie Nord, de la Bretagne à la Vendée (2°C de plus que la normale), et de 20 à 23°C sur la partie Sud, des Charentes au Pays basque, soit 5 à 6°C de plus que la normale, notamment en Gironde, où des pointes à 23°C sont relevées. Ces températures exceptionnellement élevées sont bien évidemment liées à la canicule précoce qui a touché la France en mai, avec un soleil dominant au fort pouvoir réchauffant.

Avec des températures de l'eau parfois 5°C au-dessus des normales en Gironde, on peut même parler de "canicule marine" ou de "vague de chaleur marine" : c'est le terme utilisé lorsque la température de l'eau observée figure parmi les 10% des valeurs les plus élevées observées pour cette date, pendant au moins 5 jours consécutifs. Or, cette situation dure depuis le 28 mai au moins !

Des conséquences redoutables pour les écosystèmes

Cette "canicule marine" va-t-elle se terminer ? C'est une possibilité, car pour le moment, l'anomalie fraîche de la masse d'air en France devrait encore rester sur une bonne partie du pays jusqu'à mercredi prochain au moins. Les températures de l'eau de l'Atlantique pourrait donc se tempérer aux alentours de 20°C. En revanche, il faudra surveiller l'augmentation probable de la température de l'eau en Méditerranée, où soleil et chaleur vont facilement s'imposer.

Mardi après-midi, la température de l'eau pourrait dépasser les 25°C sur le littoral oriental de la Corse, des valeurs très élevées pour la saison !
Mardi après-midi, la température de l'eau pourrait dépasser les 25°C sur le littoral oriental de la Corse, des valeurs très élevées pour la saison !

Seuls le mistral et la tramontane pourraient limiter la hausse, en-dehors de la Côte d'Azur et de la Corse, pas concernées par ces vents. Concernant les conséquences sur la météo et donc sur la vie humaine, des températures de l'eau très élevées peuvent renforcer les effets des canicules, en maintenant la température nocturne de l'air à des niveaux encore plus hauts. Par ailleurs, à l'automne, une Méditerranée très chaude donnera du carburant aux orages.

Mais les conséquences sont encore plus désastreuses sur les organismes marins : poissons, mollusques et crustacés peuvent souffrir des canicules marines, jusqu'à en mourir, à cause de l'appauvrissement en oxygène provoqué par la hausse rapide de la température. Des déséquilibres dans la chaîne alimentaire et dans les écosystèmes peuvent avoir lieu, certaines espèces quittant les zones trop chaudes pour s'établir dans des eaux plus froides.

La reproduction et la croissance des organismes marins peuvent aussi être affectées. Enfin, les courants océaniques peuvent aussi être perturbés par les canicules marines, tout comme la circulation thermohaline, qui mélange les nutriments essentiels pour les organismes marins, à travers le transfert des eaux chaudes vers les eaux froides.