La NASA et l'ESA détectent une gigantesque vague de chaleur marine qui renforce le retour du phénomène El Niño
Les données recueillies par le satellite Sentinel-6 Michael Freilich révèlent une vaste étendue d'eaux anormalement chaudes dans l'océan Pacifique, qui s'étend jusqu'aux côtes de l'Amérique du Sud. Nous analysons les conséquences de cette situation sur l'ENSO (El Niño-Oscillation australe).

Le satellite Sentinel-6 Michael Freilich, fruit d'une collaboration entre la NASA et l'Agence spatiale européenne (ESA), a détecté une immense masse d'eau chaude se dirigeant vers les côtes de l'Amérique du Sud. Il s'agit d'un signe clair que le phénomène climatique El Niño est déjà en cours de développement.
Le satellite a notamment mis en évidence une élévation du niveau de la mer de plus de 15 centimètres au large du Pérou par rapport à la moyenne. Cette hausse constitue un indicateur direct d'un réchauffement inhabituel des eaux situées sous la surface de l'océan.
À l'origine de ce réchauffement se trouvent les ondes de Kelvin, d'immenses vagues sous-marines qui se propagent d'ouest en est le long du Pacifique équatorial. Elles se forment lorsque les vents dominants changent de direction ou s'affaiblissent, permettant aux eaux chaudes tropicales de se déplacer vers les côtes de la Colombie, de l'Équateur et du Pérou.
NASA DETECTA ANOMALÍA MASIVA EN PACÍFICO.
— ULTIMAHORAENX (@ULTIMAHORAENX) June 30, 2026
El Niño 2026 se fortalece bajo las olas con señales de evento potente.
Satélite Sentinel-6 Michael Freilich midió alturas del mar más de 15 cm por encima de lo normal en el Pacífico ecuatorial el 8 de junio. NOAA declaró El Niño pic.twitter.com/pn2ko5YI6i
Dans l'un de leurs rapports les plus récents, les scientifiques de la NASA expliquent que, même si l'épisode de cette année a débuté un peu plus tard que les événements historiques de 1997 et de 2015, il commence déjà à atteindre une intensité comparable.
Retour sur le phénomène ENSO
L'histoire de ce phénomène remonte au XVIIᵉ siècle, lorsque des pêcheurs d'Amérique du Sud constatèrent que les eaux de l'océan se réchauffaient de manière inhabituelle et que les prises de poissons diminuaient fortement. Comme cet épisode survenait généralement à l'approche des fêtes de décembre, ils le baptisèrent « El Niño », en référence à l'Enfant Jésus.
Depuis, les scientifiques cherchent à mieux comprendre cette oscillation climatique, caractérisée par un réchauffement des eaux de surface de l'océan, ainsi que sa phase opposée, plus froide, appelée La Niña. Ces deux phases modifient régulièrement les régimes de précipitations et les températures à l'échelle mondiale.
Des répercussions sur la météo et le climat dans le monde entier
À mesure que ces eaux chaudes s'accumulent dans les régions centrale et orientale du Pacifique, elles perturbent profondément la circulation atmosphérique et modifient le courant-jet, qui joue un rôle essentiel dans le déplacement des systèmes dépressionnaires à travers le globe.
L'ampleur de ces impacts dépend toutefois directement de l'intensité du phénomène ENSO. Les épisodes modérés affectent principalement les pays situés à proximité du Pacifique tropical, alors que les événements les plus puissants peuvent avoir des répercussions à l'échelle planétaire, en favorisant par exemple de sévères sécheresses en Afrique ou des inondations catastrophiques dans des régions comme la Californie.

Cela s'explique par le fait qu'El Niño atteint généralement son intensité maximale entre novembre et janvier. Il faudra donc encore plusieurs mois avant de mesurer l'ampleur réelle de ses conséquences économiques et environnementales à l'échelle mondiale.
Le Pacifique sous surveillance depuis l'espace
Pour suivre ces immenses changements, la NASA et l'Agence spatiale européenne (ESA) utilisent des technologies spatiales de haute précision capables de mesurer le niveau de la surface de la mer avec une précision de quelques millimètres tous les dix jours. Cette surveillance des océans s'inscrit dans une série d'observations continues entamée en 1992 avec le satellite TOPEX/Poseidon.
Ce suivi satellitaire permet aux scientifiques d'anticiper l'évolution des ondes de Kelvin, d'améliorer les prévisions météorologiques et d'aider les populations côtières à mieux se préparer face aux risques de catastrophes naturelles.

Le satellite actuellement en service fait partie du programme européen d'observation de la Terre et est exploité dans le cadre d'une collaboration internationale réunissant l'ESA, la NASA, la NOAA et plusieurs autres organismes techniques.
Afin de garantir la continuité des observations, un nouveau satellite jumeau a été lancé à la fin de l'année 2025. Il devrait reprendre l'intégralité de la mission d'ici la fin de cette année, assurant ainsi la poursuite des mesures indispensables aux prévisions climatiques mondiales.
Chaque épisode d'El Niño est unique, mais la plupart se traduisent par une année nettement plus chaude à l'échelle de la planète, ainsi que par d'importantes perturbations pour l'agriculture, les transports et les ressources en eau dans de nombreuses régions du monde.
Référence de l'article
NASA Science. (18 de junio del 2026). El Niño Is Underway.
ESA Observing the Earth. (15 de junio del 2026). Pacific warming signals El Niño has stirred.