Comment cette plante sacrée peut-elle empêcher l'exploitation forestière illégale ?
Pourquoi inventer de nouvelles solutions quand il existe des traditions ancestrales pour préserver la nature et la biodiversité ?

Bill Tavue est garde forestier. Il doit surveiller - seul ! - près de 2 700 hectares à Vatthe, une réserve naturelle protégée, candidate pour rejoindre le classement du patrimoine mondiale de l'Unesco. Cette zone riche en biodiversité se situe sur l'île d'Espiritu Santo située dans l'archipel des Vanuatu (composé de plus de 80 îles) dans l'Océan Pacifique. "Vatthe" signifie "estuaire" dans le langue locale, le na.
Malheureusement, l'homme souffre du manque de financements pour les programmes de protection de la nature. Mais aussi d'un réel besoin de terres agricoles de la part des locaux. Tout cela engendre, bien malgré lui, une exploitation de la forêt totalement illégale et pourtant très courante.
Au #Vanuatu, une feuille sacrée pour protéger les forêts des pillages
Outremers360 (@outremers360) March 27, 2026
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️ Au Vanuatu, la tradition interdit de toucher la feuille de namele, en forme de plume et si sacrée qu'elle orne le drapeau de l'archipel. Des défenseurs de l'environnement
Mais Bill Tavue est plein de ressources et l'homme compte sur le respect des traditions et le tabou ancestral autour du namele pour empêcher l'exploitation de cette zone protégée. En effet, le namele (ou cycas seemannii de son nom scientifique) est un arbre ressemblant à un palmier nain (bien qu'il puisse atteindre les 4 m de hauteur !).
Avec des feuilles vertes et brillantes semblables à des plumes d'oiseaux, Bille Tavue espère dissuader les locaux car "dans notre culture, personne n'a le droit de toucher le namele, à l'exception du moli [chef, ndlr]. Si on place une feuille de cette plante quelque part, il est tabou de toucher ses environs."
Car cette plante, que l'on retrouve dans l'ouest de l'Océanie est sacré au Vanuatu et ce, depuis des siècles ! Au XVIIème siècle, les populations locales utilisaient les feuilles de namele pour tracer des limites. Ces limites ne pouvaient être franchies sous peine de mort. Elle permettait ainsi de faire respecter les frontières et les accords de paix.
Dernièrement, les habitants de Matantas, un village de la côte nord d'Espiritu Santo d'où est originaire Bill Tavue, ont remarqué la plante sacrée dans la zone protégée de Vatthe. Elle permettait de tenir les intrus à distance. Et le système a si bien fonctionner, que le gouvernement demande aujourd'hui aux dirigeants des autres localités de l'archipel d'appliquer cette tradition.
"Dans notre culture, personne n'a le droit de toucher le namele" : comment une feuille sacrée protège les forêts du Vanuatu
La1ère.fr (@la1ere) March 28, 2026
️Au Vanuatu, le manque de financement pour la protection de la nature nécessite des solutions alternatives.
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Depuis des siècles les feuilles de namele préservent la faune et la flore de la réserve de Vatthe. Mais depuis le passage d'un violent cyclone, rien n'est plus pareil. Car des bucherons chinois travaillant au Vanuatu ont été autorisés à pénétrer dans cette zone dans le but de ramasser le bois mort. Mais les habitants y voient surtout une couverture pour abattre des arbres illégalement.
Outre les bûcherons chinois, les locaux ont eux aussi besoin de terres agricoles. En effet les populations locales ont "besoin d'argent mais ne comprennent pas l'impact négatif sur les ressources", explique Joses Togase, chef de projet du Réseau environnemental de Santo Sunset. Car dans les villages isolés (à plusieurs heures de bateau), les habitants abattent les arbres pour cultiver de quoi manger : igname, manioc, taro ou patate douce.
Alors l'organisme se déplace pour militer auprès des chefs de village en leur demandant d'interdire l'exploitation forestière et de respecter la tradition du namele. Évidemment il n'est plus question de peine de mort en cas d'infraction, l'amende encourue est : un poulet ou un cochon, ce qui représente beaucoup pour ces habitants.
Bill Tavue aurait bien besoin d'aide pour protéger ces 2 700 hectares malheureusement les 4 personnes formées pour l'aider ont toutes abandonné car non rémunéré : "si l'on n'a pas d'argent, on ne peut pas continuer"…
Références de l'article :
LeFigaro avec AFP, (28/03/2026), «Personne n’a le droit de toucher au namele» : au Vanuatu, une idée ingénieuse pour protéger les forêts