L’IA est un atout pour l'environnement… Mais aussi un fléau, selon les scientifiques
Peut-on utiliser l’intelligence artificielle pour lutter contre le réchauffement climatique ? L’IA peut-elle avoir une action exclusivement positive pour l’environnement ? Pas forcément, selon les scientifiques.

Planète et intelligence artificielle. Les deux peuvent-elles cohabiter ? Peuvent-elles vivre en communion, sans détruire l’autre ? Mieux : l’une peut-elle aider l’autre ? On évoque souvent l’intelligence artificielle comme un formidable outil pour aider dans la préservation de l’environnement. Le problème, c’est que le revers de la médaille est aussi plausible. Le développement, très rapide, de l’intelligence artificielle peut également nuire à l’écologie. Dans ce cas là, où place-t-on le curseur ?
Faune, catastrophes naturelles, transition écologique… L’IA peut se révéler être un véritable levier
De nombreux scientifiques font le pari d’une communion harmonieuse, d’une intelligence artificielle au service de l’environnement et de la planète. C’est le cas de ceux qui ont participé à la mission BiodivMed, 2023. Grâce à un système de filtrage de l’eau de mer, les chercheurs ont retrouvé l’ADN du requin-ange, espèce que l’on pensait disparue. « L’ADN, pour nous, c'est un moyen d'avoir des inventaires de biodiversité non destructifs, non invasifs et surtout non biaisés », affirme David Mouillot.
Quelles sont les limites de l’aide apportée par l’intelligence artificielle en matière d’écologie ?
Ce dernier, enseignant-chercheur en écologie marine, a coordonné cette mission. Il évoque également le fait que la France s’engage à protéger, d’ici 2030, pas moins de 30 % de son littoral. Actuellement, l’Hexagone en protège entre 10 et 15 %, selon le scientifique. « [...] Plutôt que de faire de la quantité, il faut savoir bien les placer. Où placer une réserve marine qui va optimiser la protection de la biodiversité ? C’est une question à laquelle l’IA pourra bientôt répondre un peu mieux que nous », explique-t-il.
Le problème, c’est que l’utilisation de l’intelligence artificielle reste actuellement extrêmement énergivore. Les ingénieurs du Shift Project étudient la transition énergétique. Selon eux, il faut s’attendre à une consommation électrique des centres de données multipliée par trois d'ici 2030, au niveau mondial. Même son de cloche pour Sophie Schbath, directrice de recherche et Frédérick Garcia, chercheur, qui travaillent tous les deux à l'Institut National de recherche sur l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE).

Sans contredire le fait que l’IA puisse réellement faire avancer les choses en matière de développement durable, les deux scientifiques n’écartent pas les conséquences de cette utilisation, en évoquant notamment les effets rebond. « On peut aussi imaginer que l’essor de l’agriculture de précision [nourrie par l'intelligence artificielle] dans les fermes, pour mieux gérer l’eau, conduira à une multiplication des capteurs numériques dans les parcelles, avec les répercussions écologiques que cela entraîne ».
Les chercheurs ont donc pensé à l’usage de l’intelligence artificielle de manière consciente, “frugale”. L’idée : obtenir les mêmes résultats, avec une consommation moindre. Et les scientifiques veulent y croire, à l’image de David Mouillot. « Pour avoir les mêmes performances, on peut consommer moins. […] On est malins, on optimise les codes. Et là encore, l’IA est très douée pour optimiser ses propres codes ». Mais pour Frédérick Garcia et Sophie Schbath, l’essentiel est d’éduquer les citoyens et les scientifiques aux répercussions du numérique sur l’environnement.
Référence de l’article :
Intelligence artificielle et environnement sont-ils vraiment incompatibles ?