Inédit : la Corse finance le flux aérien hors saison pour favoriser le tourisme toute l'année
A compter de ce mois-ci, la collectivité de Corse lance un dispositif consistant à financer l’achat de flux aérien hors saison touristique. L'ambition : faire venir près de 250 000 touristes.

En octobre dernier, Gilles Simeoni, le président nationaliste de la Collectivité de Corse, a présenté un dispositif consistant à financer l’achat de flux aérien hors saison touristique, qu’il qualifie lui-même « d’inédit en Europe ». « Les touristes pourront venir en janvier ou février pour 75 €, 46 € ou 38 € selon les destinations, ce qu’ils ne peuvent pas faire aujourd’hui », affirme le Président de l'Exécutif.
Ce dispositif permet de passer des contrats de concession avec les compagnies aériennes qui s’engagent moyennant finance à ouvrir plusieurs lignes, permettant ainsi l’arrivée de touristes en dehors de juillet et août. Un outil financé à hauteur de 2,5 millions d’euros par an par la collectivité de Corse. Au total, 12 destinations (9 françaises et 3 européennes) réparties entre les compagnies Air Corsica et Volotea ont été choisies. Bordeaux, Nantes, Strasbourg vers Ajaccio, Bastia, Calvi et Figari - et Air Corsica pour trois vols internationaux – Bruxelles-Charleroi vers Bastia et Ajaccio et Rome vers Ajaccio.
Promouvoir un tourisme culturel, patrimonial et gastronomique
Les décideurs attendent des retombées estimées à plus de 418 millions d’euros sur quatre ans et plus de 7 millions de nuitées. Pour justifier un tel dispositif, la collectivité de Corse souligne la volonté de sortir du tourisme de haute saison. 73% de la fréquentation touristique se fait entre juin et septembre sur l’île, alors que le poids du tourisme dans l’économie insulaire est cinq fois plus important que la moyenne française.

Sur les quatre années du contrat qui commence d’ici la fin de l’année, la Collectivité de Corse impose aux compagnies un trafic garanti contractualisé qui sera compris entre un minimum et un maximum. « Ce tourisme à l’année permettra de toucher une clientèle à haute valeur ajoutée qui est intéressée par le tourisme culturel, patrimonial, gastronomique, assure Gilles Simeoni, devant les élus de l’assemblée de Corse. Il a vocation à profiter à tous les territoires de l’île. Les contraintes structurelles actuelles, qui pèsent sur nous, ne permettent pas d’avoir ce flux annuel.»
Un vide juridique
Les professionnels du tourisme ont accueilli avec enthousiasme ce dispositif. Reste que cette opération comporte des risques sur le plan juridique. L’État ne s’est pas encore prononcé clairement sur le sujet et d’autres entités pourraient y voir une atteinte à la libre concurrence : « Je ne peux pas garantir que ce dispositif ne sera pas contesté, ajoute Gilles Simeoni. Il est innovant, donc il n’y a pas de jurisprudence. Je n’ai pas de garantie de l’État, mais je ne pense pas qu’il s’opposera à un mécanisme sécurisé juridiquement et vertueux économiquement et socialement.»
Le doute persiste aussi sur la position qu’adoptera Bruxelles ou sur un éventuel recours d’une compagnie aérienne. En cas de succès, la CDC entend lancer le même dispositif vers Londres, Munich ou Francfort, Genève et Milan.
“L’idée, c’est d’éviter le surtourisme en été avec la cohorte de nuisances qu’il génère et créer un tourisme en dehors de la saison estivale pour avoir une activité économique toute l’année avec des retombées directes et indirectes considérables, par exemple, la possibilité d’ouvrir toute l’année”, explique Gilles Simeoni sur RMC
Jean-Christophe Barrau, propriétaire d'un hôtel à Corte qui reste ouvert à l'année, estime que c'est une bonne chose qui profitera à de nombreux commerces. " À partir du moment où j'accueille du monde pendant l’hiver, il faudra bien qu’ils fréquentent les restaurants voisins, fait-il remarquer. Ça fera travailler tout le monde, je pense que ça va dans le bon sens."
Pour Jeff, gérant d'un restaurant à Calvi qui voit sa fréquentation chuter dès le mois d'octobre, il y a des choses à faire en Corse, même hors saison. "Il y a trois stations de ski, des balades exceptionnelles sur le GR20, le chemin des Douaniers… Vous allez aux châtaignes et aux champignons." Un tourisme durable, tourné vers le patrimoine naturel et culturel de l'île.