Un quart de biomasse de poissons en moins dans les eaux françaises d'ici 2100 : pourquoi cette prévision alarmiste ?
Les écosystèmes n'en finissent plus d'être impactés par les conséquences du réchauffement climatique : preuve en est ce dernier rapport de l'Ifremer, qui pointe l'importante diminution de la biomasse de poissons en France d'ici 2100.

Le réchauffement climatique n'en finit plus d'impacter nos vies, mais aussi celles des écosystèmes qui nous entourent. En raison de ses conséquences néfastes, ce climat réchauffé pourrait particulièrement perturber le fonctionnement des écosystèmes marins : ainsi, selon le dernier rapport de l'Ifremer, la biomasse de poissons en France pourrait chuter d'un quart d'ici 2100 !
Une baisse de 5 à 8% dès 2050
Dans ce rapport de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer), publié ce mardi 3 mars, on apprend que le réchauffement climatique devrait provoquer des pertes de biomasse de poissons jusqu'à 23% d'ici la fin du siècle en France, en cas de hausse des températures de 4°C par rapport à l'ère préindustrielle.
Les scientifiques estiment que le changement climatique aura plus d'impacts négatifs que positifs sur les populations de poissons telles quon les connaît. pic.twitter.com/71pomIM8kd
— Ifremer (@Ifremer_fr) March 3, 2026
Au niveau mondial, en fonction des différents scénarios climatiques, la baisse de biomasse de poissons évolue entre 10 et 30% à l'horizon 2100. Mais en France, cette perte devrait déjà s'observer vers 2050, avec selon l'Ifremer une diminution de 5 à 8% de la biomasse de poissons. Cette notion de biomasse correspond au poids total de matière vivante (ici les poissons) présente dans un milieu donné (ici les eaux : mers, lacs, océans…).
Pourquoi ces chiffres alarmistes ? Tout simplement parce que le réchauffement climatique, provoqué majoritairement par nos émissions massives de gaz à effet de serre, provoque, avec la hausse des températures, une acidification et une désoxygénation des océans.
Des océans plus acides et avec moins d'oxygène perturbent le fonctionnement des écosystèmes marins : on y retrouve moins de plancton, qui se trouve à la base de la chaîne alimentaire, et les poissons voient leur physiologie, leur croissance et leur reproduction altérées.
Diminuer la pêche ?
En plus de cette perturbation de la chaîne alimentaire marine, ce réchauffement entraîne également des migrations de certaines espèces de poissons vers le Nord, cherchant des eaux plus froides pour survivre et/ou se nourrir. Ainsi, pour y faire face, les chercheurs estiment qu'il est nécessaire de revoir les objectifs de gestion des pêcheries.

Actuellement, la politique de la pêche repose sur le rendement maximum durable (RMD), un indicateur correspondant au niveau maximal de poissons pouvant être pêchés, sans compromettre la capacité de l'espèce à se reproduire et se renouveler.
Ces scientifiques proposent de considérer le RMD actuel comme une limite et non plus comme une cible : cela conduirait à moins pêcher, en tout cas à prélever un peu moins de poissons.
Selon Clara Ulrich, coordinatrice des expertises halieutiques (qui concernent la pêche) à l'Ifremer, qui s'est confiée à l'AFP, "il faut être un peu plus précautionneux et disposer d'une marge de manœuvre un peu plus grande". Concrètement, en raison de la hausse du risque et de l'incertitude, il faudrait moins pêcher pour éviter une dégradation encore plus forte de la biomasse de poissons dans les prochaines décennies…