Comment les forêts tropicales modifient leur calendrier de floraison sous l'effet du changement climatique

Après l'analyse de plus 8 000 spécimens d’herbier collectés depuis la fin du XVIIIᵉ siècle, des chercheuses ont découvert que, sous les effets du réchauffement climatique, plusieurs espèces tropicales modifient progressivement leur calendrier reproductif, non sans effets sur tout un écosystème.

Des milliers d'espèces de plantes tropicales ont été analysées pour comprendre l'impact du changement climatique sur leur cycle de vie.
Des milliers d'espèces de plantes tropicales ont été analysées pour comprendre l'impact du changement climatique sur leur cycle de vie.

Deux siècles d'histoires de la botanique viennent de révéler que le cycle reproducteur des forêts tropicales est affecté par le changement climatique, selon l'étude de deux chercheuses américaines affiliées à l’University of Colorado-Boulder. Leur travail montre que les plantes tropicales modifient désormais leurs dates de floraison à un rythme mesurable.

Les scientifiques ont analysé plus de 8 000 spécimens d’herbier collectés depuis la fin du XVIIIᵉ siècle, entre 1794 et 2024. Chaque planche d’herbier porte une date et un lieu précis. Elle indique aussi si la plante était en fleurs au moment de la récolte.. et certains résultats montrent des décalages de plusieurs semaines selon les espèces et les régions.

Quelles conséquences pour la biodiversité ?

En utilisant ces données climatiques historiques, l’équipe a reconstitué l’évolution du calendrier reproductif de 33 espèces réparties en Afrique, en Amérique centrale et en Amérique du Sud. On apprend que la floraison se déplace en moyenne de 2,04 jours par décennie. Sur deux siècles, cela représente plus d’un mois de décalage potentiel.

Lorsque la floraison se décale, pollinisateurs et animaux frugivores peuvent perdre leurs repères saisonniers, avec des conséquences écologiques en chaîne. Les décalages varient fortement selon les espèces, certaines évoluant très peu, d'autres changeant rapidement, avec parfois de plus de 14 jours de décalage par décennie.

L'amarante brésilienne fleurit, par exemple, avec 80 jours de retard par rapport aux années 1950, quand le Crotalaire verruqueux du Ghana s'est mis à fleurir avec 17 jours d'avance entre les années 1950 et 1970.

Comme l'explique l'étude, si une plante nécessite d'être pollinisée par un oiseau migrateur mais que celui-ci n'est présent que quelques jours dans l'année, alors le calendrier se désaligne, la fleur n'est pas pollinisée et l'oiseau n'aura pas accès au nectar qu'il a besoin de boire.

Un environnement tropical impacté

Longtemps considérée comme moins impactée par le changement climatique du fait d'une plus grande régularité de températures annuelles, les régions tropicales ne sont pas épargnées. Pour la directrice de recherche de l'étude, Skylar Graves, « aucun lieu sur Terre n'est épargné par le changement climatique. »

« Cela pose un problème majeur, non seulement parce que les zones tropicales couvrent un tiers du globe, mais aussi parce qu'elles offrent les écosystèmes les plus riches et diversifiés de la planète. » Chaque année, plus de 180 nouvelles espèces sont découvertes.

Références de l'article :

Science & Vie, Les forêts tropicales voient leurs cycles de floraison basculer sous l’effet du climat

PLOS One, Observing shifts in phenology of tropical flowering plants