Réchauffement climatique : pourquoi les émissions de méthane sibériennes inquiètent

Le réchauffement climatique n’épargne pas la Sibérie. Le dégel du pergélisol et la multiplication des incendies entraînent une hausse des émissions de méthane, un gaz à effet de serre particulièrement puissant.

Les émissions de méthane issues du dégel et des incendies sont de plus en plus importantes en Sibérie, ce qui inquiète les scientifiques
Les émissions de méthane issues du dégel et des incendies sont de plus en plus importantes en Sibérie, ce qui inquiète les scientifiques

Le réchauffement climatique provoque une nouvelle inquiétude en Sibérie. Une étude internationale publiée dans la revue Science montre que les émissions de méthane augmentent rapidement sur cette région du monde, notamment sous l’effet du dégel du pergélisol et de la multiplication des incendies. Un phénomène qui pourrait progressivement réduire l’efficacité des efforts visant à limiter les émissions de gaz à effet de serre.

Des émissions de méthane de plus en plus importantes

Le méthane est un gaz à effet de serre particulièrement puissant à court terme. Même s’il reste beaucoup moins longtemps dans l’atmosphère que le CO₂, son pouvoir réchauffant est nettement supérieur. La diminution de ses émissions constitue donc un levier important pour ralentir le réchauffement climatique dans les prochaines décennies à l'échelle mondiale.

Or, les chercheurs ont récemment constaté une nette accélération des émissions de méthane en Sibérie. En effet, entre 2010 et 2023, celles-ci ont augmenté d’environ 12 téragrammes, soit une hausse moyenne de 1,1 téragramme par an. Cette progression représente à elle seule près de 92 % de l’augmentation observée dans les zones humides à l’échelle mondiale sur la même période.

Cette évolution s’explique notamment par le réchauffement particulièrement marqué de l’Arctique. Dans l’ouest de la Sibérie, des hivers plus doux et plus humides accélèrent le dégel du pergélisol et favorisent l'extension des zones humides. Ces milieux deviennent alors propices à la production naturelle de méthane par des micro-organismes lorsque la matière organique se décompose en l’absence d’oxygène.

La situation est un peu plus différente plus à l’est de la Sibérie, où le climat devient notamment plus chaud et plus sec. Ces conditions favorisent la multiplication et l’intensification des incendies de forêt, qui constituent eux aussi une source croissante de méthane. Ainsi, si les mécanismes sont différents en fonction des régions, le résultat est le même : une hausse des émissions de ce puissant gaz à effet de serre.

Une situation devenant préoccupante

Cette accélération inquiète les scientifiques en raison du risque de boucle de rétroaction. En effet, le réchauffement favorise le dégel du pergélisol et les incendies, ce qui entraîne davantage d’émissions de méthane. À son tour, cette hausse contribue à renforcer l’effet de serre et donc le réchauffement climatique.

Selon les projections réalisées dans le cadre d’un scénario de fortes émissions de gaz à effet de serre, les émissions supplémentaires de méthane en Sibérie pourraient ainsi atteindre d’ici 2050, un niveau comparable à l’augmentation observée dans l’ensemble des zones humides de la planète. La dynamique observée actuellement pourrait donc prendre une ampleur considérable au cours des prochaines décennies.

Les conséquences pourraient également mettre à mal les efforts internationaux visant à réduire les émissions de méthane. D’après les chercheurs, la seule hausse des émissions sibériennes pourrait ainsi compenser jusqu’à 20 % des réductions de méthane d’origine humaine nécessaires pour atteindre les objectifs climatiques internationaux à l’horizon 2050.

Enfin, cette étude rappelle que le changement climatique ne se limite pas aux émissions directement produites par les activités humaines. Ce phénomène peut également déclencher ou amplifier certains mécanismes naturels capables de libérer davantage de gaz à effet de serre. Une évolution qui souligne l’importance de limiter au maximum la hausse des températures afin d’éviter que ces rétroactions ne deviennent de plus en plus difficiles à contrôler.

Référence de l'article

Jeanne Martin. (2026). Les colossales émissions de méthanes sibériennes sont une menace globale.
Sihong Zhu, Yi Liu & al.. (2026). Decadal doubling of Siberian methane emissions due to warming-induced fires and methanogenesis.