Moins de vaches en France : une nécessité pour le climat, selon la Cour des comptes

Cette recommandation peut paraître étonnante mais elle émane bien du nouveau rapport de la Cour des comptes ! Les magistrats plaident pour une réduction significative du cheptel bovin en France, afin de répondre aux objectifs environnementaux et climatiques.

vaches
Débat polarisé sur la réduction du cheptel bovin : des positions irréconciliables ?

Alors que l'élevage bovin est depuis longtemps ancré dans la tradition et l'identité agricole française, un nouveau rapport de la Cour des comptes, publié ce lundi 22 mai, soutient qu'une réduction du cheptel est nécessaire pour atteindre les objectifs environnementaux et climatiques.

Cette proposition n'est pas sans soulever un débat passionné entre les partisans de la préservation du patrimoine agricole français et ceux qui plaident pour une transition vers une agriculture plus durable... tout en tenant compte des enjeux cruciaux de l'indépendance alimentaire.

Une nécessaire régulation selon la Cour des comptes

Le rapport en question porte sur le soutien public aux éleveurs bovins en France. Bien que l'élevage bovin offre des services sociétaux et environnementaux importants, il contribue de manière significative aux émissions de gaz à effet de serre, principalement en raison du méthane produit par les animaux.

Selon la Cour, l'élevage bovin est responsable en France de près de 12% des émissions de CO2. Le méthane produit par les bovins (un gaz au pouvoir très réchauffant) représente 45 % des émissions agricoles françaises.

La Cour des comptes pointe du doigt le Plan Stratégique National de la Politique Agricole Commune (PAC), qui ne traite pas directement de cette question et utilise des indicateurs peu pertinents pour mesurer l'effort de l'agriculture dans la lutte contre le changement climatique. Par exemple, l'augmentation des surfaces de prairies ne réduit pas les émissions de gaz à effet de serre si elle est accompagnée d'une augmentation du cheptel.

Face à ce constat, le rapport suggère de mettre en place un système d'aides individualisées pour soutenir un élevage bovin plus performant et durable. Cela impliquerait de concilier des critères de performance économique et socio-environnementale, lesquels passeraient par une diminution dans le temps du cheptel.

La Cour souligne que la baisse du cheptel a déjà commencé sur le terrain (-10 % en six ans), mais que «cette diminution reste subie et ne fait pas l’objet d’un véritable pilotage par l’Etat, au détriment des exploitants».


Un débat qui ne fait que commencer

Concrètement, les exploitations qui répondent déjà à ces critères seraient renforcées, tandis que celles produisant des externalités positives mais ayant des difficultés économiques, ainsi que celles viables économiquement mais ayant peu d'externalités positives, pourraient être mieux accompagnées vers un modèle d'élevage plus durable. Les exploitations en difficulté sur tous les plans pourraient être soutenues dans une reconversion nécessaire.

Par ailleurs, les auteurs soulignent que la production d'énergie (biogaz par méthanisation, électricité via l'agrivoltaïsme) peut constituer une opportunité pour les éleveurs français, à la fois pour diversifier leurs revenus et contribuer à la transition énergétique.

Depuis sa publication, le rapport de la Cour des comptes suscite des critiques acerbes de la part de certains acteurs, remettant en question ses recommandations.

Parmi les principaux arguments avancés, la sécurité alimentaire est souvent évoquée comme un enjeu majeur. Réduire le cheptel bovin pourrait compromettre l'autosuffisance alimentaire de la France, en diminuant la production de viande et en augmentant la dépendance vis-à-vis des importations, ce qui ne serait pas plus vertueux sur le plan environnemental.

De plus, le secteur agricole souligne que des progrès importants ont déjà été réalisés en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le débat ne fait que commencer, entre préservation du patrimoine, sécurité alimentaire et impératifs environnementaux, l'avenir de l'élevage bovin reste en suspens...

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