Manger sain en France : pourquoi les rayons de nos supermarchés nous en empêchent ?

Selon une évaluation scientifique indépendante, nos supermarchés orientent massivement nos choix vers des aliments trop gras, trop sucrés ou trop salés. Une mécanique invisible… mais redoutablement efficace.

Une étude scientifique révèle comment supermarchés, promotions et prix freinent nos choix alimentaires.
Une étude scientifique révèle comment supermarchés, promotions et prix freinent nos choix alimentaires.

En France, 92,5 % des achats alimentaires passent par les circuits de grande distribution. En d'autres termes, l’immense majorité de ce que nous mangeons dépend de ce que les supermarchés proposent, promeuvent… et rendent abordable. C’est ce pouvoir considérable qu’a analysé l’Access to Nutrition Initiative (ATNi) dans son France Retail Assessment 2026, la première évaluation indépendante des distributeurs français sous l’angle de la nutrition.

Nos supermarchés, architectes silencieux de notre alimentation

Trois enseignes dominantes, E. Leclerc, Carrefour et Intermarché, qui représentent près de la moitié du marché alimentaire français, ont été étudiées. Le verdict : l’environnement alimentaire qu’elles façonnent reste largement défavorable à la santé.

Dans les prospectus promotionnels hebdomadaires, moins de 25 % de l’espace est consacré à des aliments considérés comme plus sains. Le reste est occupé par des produits sucrés, gras ou salés, en contradiction avec les recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS).

Un duo gagnant : promotions et produits ultra-transformés

66 % des produits alimentaires en promotion vont à l’encontre des recommandations nutritionnelles françaises. On y retrouve massivement des confiseries, glaces, snacks, céréales raffinées, plats préparés et viandes transformées. Ces choix promotionnels ne sont pas anodins : ils orientent directement les achats, surtout dans un contexte d’inflation alimentaire.

Or, ces aliments sont associés à une augmentation du risque d’obésité, de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et de certains cancers.

Ces produits appartiennent majoritairement à la catégorie des aliments ultra-transformés. Selon la classification NOVA, il s’agit de produits industriels riches en additifs (arômes, colorants, édulcorants) et pauvres en aliments bruts. En France, leur part a explosé : 42 % des ventes totales d’aliments et de boissons en 2023.

L'illusion du « bon plan » nutritionnel

On pourrait penser que les produits de marque distributeur, souvent moins chers, constituent une alternative plus équilibrée. L’analyse de 8 321 produits menée par l’ATNi montre l’inverse. Seuls 25 % de ces produits obtiennent un Nutri-Score A ou B, c’est-à-dire une bonne qualité nutritionnelle.

À l’inverse, 84 % des références sont classées comme malsaines, en raison de leur teneur élevée en sucres, en sel ou en graisses, et de la présence de marqueurs d’ultra-transformation. Par conséquent, même en cherchant à « mieux manger à petit prix », le consommateur se heurte à une offre structurellement déséquilibrée.

Quand le prix devient un obstacle à la santé...et au climat

L’étude révèle un autre frein majeur : le coût de l’alimentation saine. Chez Carrefour et E. Leclerc, un panier plus sain coûte en moyenne 23,5 % plus cher qu’un panier moins sain. Concrètement, il représente jusqu’à 11 % du revenu net quotidien, contre environ 8 % pour un panier de moindre qualité nutritionnelle.

Ce différentiel pèse lourd dans un pays où 6 millions d’adultes sont obèses, 4 millions vivent avec un diabète, et où 63 % de la population dépasse les recommandations de consommation de viande transformée. Des choix alimentaires qui impactent aussi le climat, les produits les plus promus étant souvent les plus émetteurs de gaz à effet de serre.

Les experts sont unanimes : les distributeurs peuvent agir. Rééquilibrer les promotions, rendre les produits Nutri-Score A et B plus visibles et plus abordables, limiter le marketing des aliments nocifs, notamment auprès des enfants.

Références de l'article

Access to Nutrition initiative & Réseau Action Climat. (2026, 5 février). Les distributeurs français ne parviennent pas à promouvoir une alimentation plus saine.

ATNi & Réseau Action Climat. (2026). Note de synthèse : L’évaluation des distributeurs alimentaires français 2025-2026.