Interdiction du cuivre dans les cultures : pourquoi cette mesure fait bondir les viticulteurs bio et conventionnels ?
Si vous cultivez des tomates, vous avez forcément déjà entendu parler de la "bouillie bordelaise" pour lutter contre le mildiou. Un produit également utilisé par les viticulteurs, qui craignent toutefois de ne plus pouvoir l'utiliser. Pourquoi ? Est-il vraiment dangereux ?

Depuis juillet 2025, l'Agence de sécurité sanitaire, l'Anses, a retiré les autorisations d'utilisation pour une grande partie des produits à base de cuivre, très prisés par les viticulteurs pour lutter contre le mildiou. Au Salon de l'agriculture, à Paris, tous, bio comme conventionnels, s'inquiètent du risque encouru sur la production des vins. Pourquoi cette mesure a-t-elle été prise ?
La "bouillie bordelaise", un pilier
Depuis 150 ans, la "bouillie bordelaise", traitement à base de cuivre, est utilisée en viticulture pour lutter contre le mildiou, la maladie des vignes. Certains l'utilisent aussi dans leur potager sur leurs plants de tomates. Depuis l'interdiction des produits au cuivre par l'Anses, les viticulteurs s'inquiètent de ne plus pouvoir l'utiliser.

En agriculture biologique, le cuivre est positionné tout au long du cycle végétatif, alors qu'en agriculture conventionnelle, il est plutôt pulvérisé à des moments stratégiques, en complément de produits phytosanitaires. Au total, 17 produits à base de cuivre sur 34 disponibles sur le marché ont été retirés par l'Anses, alors que ce métal est considéré comme un pilier pour la production viticole.
Le cuivre est en effet essentiel pour combattre le champignon responsable du mildiou. Et outre les difficultés économiques liées à la baisse de la consommation de vin, les viticulteurs doivent aussi faire face au changement climatique, qui augmente l'intensité des pluies et rallonge les périodes de sécheresse : deux facteurs qui favorisent le développement du mildiou.
Selon certains viticulteurs, sans les produits à base de cuivre interdits aujourd'hui, une bonne partie des vignobles n'aurait eu aucune production de vin en 2023 et 2024, en raison des conditions humides et chaudes. Les viticulteurs conventionnels pourront toutefois compenser ces interdictions avec d'autres produits phytosanitaires : pas forcément une bonne nouvelle… Les firmes phytosanitaires sont d'ailleurs en train de s'opposer à cette décision en justice.
Quel danger pour l'environnement ?
En revanche, les viticulteurs bio seront les plus impactés, puisque le cuivre était leur seul arme disponible. Alors que le bio représente 20% des 750.000 hectares de vignes françaises, le ralentissement de son développement avec ces interdictions pourrait impacter toute l'industrie viticole.
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— CAVE DE TURCKHEIM (@cave_turckheim) July 31, 2019
Pour lutter directement contre les deux principales maladies que sont le mildiou et loïdium, la bouillie bordelaise et le soufre sont majoritairement utilisés. En complément, le vigneron bio peut utiliser des produits à base de dérivés dagrumes, de fruits, de crustacés pic.twitter.com/AUph8Jna6A
L'Anses explique ne pas vouloir ralentir la transition écologique en France et reconnaît que le cuivre, certes une matière naturelle utilisée en bio, peut avoir des conséquences néfastes sur l'environnement. Oligo-élément composant la croûte terrestre, le cuivre reste toxique pour les organismes du sol, les organismes aquatiques, et peut même être dangereux pour le travailleur agricole qui y est exposé.
C'est en raison du risque pour les travailleurs, l'environnement et la faune sauvage que l'Agence a pris la décision de retirer du marché la moitié des 34 produits à base de cuivre. Alors qu'elle évalue notamment les analyses fournies par les firmes industrielles mais aussi des études considérées comme pas suffisamment sérieuses selon les scientifiques, des questions se posent sur l'intérêt légitime de ces interdictions.