Va-t-on vraiment tous finir par manger des insectes ?
Beaucoup avaient prédit l’intégration des insectes dans la culture culinaire européenne. Aujourd’hui, plus d’une décennie plus tard, le résultat n’est pas au rendez-vous. Pourquoi avons-nous rejeté cette nouvelle source alimentaire ?

Insectes et crustacés. En Afrique, ils sont très appréciés. En Amérique latine, ils sont inscrits dans la culture culinaire. En Asie, ils sont légion. Les insectes font partie intégrante de la cuisine dans beaucoup de régions du monde. A tel point que l’Europe avait également envisagé l’apparition de scorpions, de larves ou encore de criquets dans l’assiette des habitants du Vieux Continent. Malheureusement, le succès n’a jamais été au rendez-vous. Pour Christophe Lavelle, biophysicien, c’est d’abord une question culturelle.
Larve, criquet et scorpion… Seront-ils un jour vraiment dans nos assiettes ?
« Les insectes sont clairement perçus comme nuisibles, et leur consommation a été encouragée sur des préceptes moraux pour sauver la planète, ce qui ne peut pas faire le poids face à des habitudes culturelles bien ancrées », affirme-t-il, ajoutant que les bienfaits des insectes au niveau de l’alimentation ne sont pas suffisants pour convaincre. « [...] Les insectes sont écologiquement et nutritionnellement une source alimentaire intéressante, notamment par leur apport en protéines pour une faible empreinte environnementale ».
Les insectes sont une véritable source de protéines
Grillés, en brochettes ou encore, en friture, les insectes présentent pléthore de possibilités gustatives. En Thaïlande, on trouve plus de 200 espèces sur les étals des marchés. Résultat : les insectes sont une source et permettent de diversifier grandement son alimentation, grâce à « des ressources et recettes variées, utilisant aussi bien des larves ou des insectes adultes » selon Christophe Lavelle. Il compare notamment les apports nutritionnels par rapport à d’autres sources, comme les légumineuses.
Les insectes offrent un meilleur apport en acides aminés essentiels, comparé à certaines légumineuses, « notamment en méthionine, qui fait défaut dans la plupart des légumineuses ». Même son de cloche pour la vitamine B12, qui est absente chez les légumineuses. Il évoque également la viande. « Tout le monde sait aujourd’hui qu’on en mange trop dans les pays occidentaux… mais la consommation ne diminue pas pour autant, car les comportements alimentaires sont toujours très difficiles à faire évoluer ».

Difficile de faire changer les habitudes, surtout quand elles sont inscrites depuis si longtemps dans les mœurs. Pourtant, il n’y a pas qu’au niveau alimentation que cela aurait un impact positif. C’est aussi au niveau environnemental que cela se joue, comme l’explique le GIEC, dans son rapport de 2019. « L’augmentation de la part des protéines d'origine entomologique pourrait permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre habituellement associées à la production animale ».
C’est donc principalement une question d’habitude pour nous. Les européens n’ont jamais réellement intégré les insectes dans leur alimentation quotidienne. Résultat : difficile pour eux de trouver une larve grillée aussi appétissante qu’une langouste, ou même qu’une huître. Et ce, même si, objectivement, une huître n’est pas plus appétissante. Elle est juste socialement intégrée dans notre nourriture. En somme, malgré les prédictions passées, l’arrivée des insectes dans nos assiettes n’est pas encore d’actualité.
Référence de l’article :
Pourquoi l’Occident ne se laisse-t-il pas séduire par les insectes comestibles ?