Décarboner la France : la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) n'est que la partie émergée de l'iceberg
Selon les experts et les documents officiels, la PPE constitue une étape clé de la transition énergétique. Mais décarboner la France dépasse largement la seule question de l’électricité. Décryptage.

La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), publiée officiellement le 13 février 2026, définit pour dix ans les grandes orientations de la politique énergétique française : sécurité d’approvisionnement, développement des énergies renouvelables, avenir du nucléaire, efficacité énergétique, adaptation des réseaux et anticipation des compétences.
Un socle indispensable mais incomplet
Elle trace la trajectoire de l’électricité décarbonée, avec des investissements colossaux : plus de 10 milliards d’euros pour un réacteur nucléaire, plus d’un milliard d’euros pour certaines grandes installations renouvelables.
En 2024, les investissements publics et privés en faveur du climat atteignent 113 milliards d’euros, dont 96 milliards provenant du secteur privé. Ces montants traduisent une dynamique réelle. Mais ils concernent avant tout la production d’électricité, qui ne représente qu’une partie de notre consommation énergétique totale.
En s’appuyant sur ces ordres de grandeur, Jean-Marc Jancovici souligne que les dizaines de milliards investis chaque année ne représentent qu’un début face aux milliers de milliards nécessaires pour transformer l’ensemble de l’économie. La PPE est un pilier. Elle n’est pas le chantier entier.
Transport : l'ampleur vertigineuse du basculement
Selon cet expert français reconnu au niveau international, la France compte environ 40 millions de voitures particulières. Les remplacer progressivement par des véhicules électriques représenterait, aux coûts actuels, près de 1 000 milliards d’euros, sans même intégrer le déploiement massif des infrastructures de recharge. Notre dépendance au pétrole structure encore l’essentiel de nos mobilités.
Le défi dépasse largement la voiture individuelle. Maintenir le trafic aérien actuel tout en utilisant des carburants durables impliquerait de doubler la production électrique nationale et de créer de nouvelles capacités industrielles. La facture est estimée entre 500 et 1 000 milliards d’euros supplémentaires.
À cela s’ajoutent le transport maritime, les poids lourds et les utilitaires. Décarboner les transports ne consiste pas seulement à changer de technologie ; c’est interroger nos volumes, nos usages et nos choix collectifs.
Logement et industrie : le cœur de l'iceberg ?
La rénovation thermique est à la fois un levier climatique et un enjeu social majeur. Isoler correctement les près de 30 millions de logements en France et remplacer les chaudières fossiles représenterait là encore près d’un millier de milliards d’euros. Cet investissement est colossal, mais il réduit durablement la consommation d’énergie et protège les ménages contre la volatilité des prix des combustibles fossiles.
Dans l’industrie, la transformation se joue procédé par procédé : acier, ciment, chimie, chaleur industrielle. Chaque site doit être repensé. Ici, la transition n’est ni abstraite ni théorique : elle doit se concrétiser dans des usines, des équipements et des décisions stratégiques lourdes. Les annonces d’investissements de l’ordre du milliard d’euros, notamment dans la sidérurgie, illustrent le changement d’échelle.
La dimension humaine de la transition : agriculture et compétences
L’agriculture pose un défi différent. Réduire la dépendance aux engrais et aux intrants chimiques permet de limiter les émissions, mais peut entraîner des baisses de rendement. La décarbonation touche alors directement notre modèle agricole, notre alimentation et les équilibres économiques des exploitations. Ce sont des choix de société autant que des choix techniques.
Un angle mort demeure pourtant central : les compétences. Former les artisans de la rénovation, les ingénieurs de l’industrie décarbonée, les techniciens des réseaux, anticiper les reconversions professionnelles, tout cela exige une planification cohérente avec la Stratégie nationale bas-carbone. Sans ces femmes et ces hommes, aucun milliard investi ne produira les effets attendus.
Décarboner la France, c’est transformer nos mobilités, nos bâtiments, notre industrie et nos métiers. La PPE en est le socle visible. L’iceberg, lui, reste largement sous la surface.
Référence de l'article
Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique. (2026, 13 février). PPE : planifier la décarbonation de la France.