L’année la plus froide en Europe centrale en 600 ans : l’année 1740, où l’hiver s’est prolongé jusqu’au mois d’août

L’hiver 1739/40 est connu comme l’un des plus froids en Europe depuis le début des premières mesures instrumentales : l’hiver s’est prolongé jusqu’aux mois d’été 1740.

Anomalies mensuelles (par rapport à 1710-1739) de (a) température et (b) pression au niveau de la mer en 1740 selon la moyenne de l’ensemble ModE-RA. La figure du bas montre également les anomalies de pression au niveau de la mer selon l’approche analogique (par rapport à 1991-2020, intervalle de 2 hPa centré sur zéro, ligne négative en pointillés). Source : Brönnimann, S., Clim. Past, https://doi.org/10.5194/cp-20-2219-2024 , 2024.
Anomalies mensuelles (par rapport à 1710-1739) de (a) température et (b) pression au niveau de la mer en 1740 selon la moyenne de l’ensemble ModE-RA. La figure du bas montre également les anomalies de pression au niveau de la mer selon l’approche analogique (par rapport à 1991-2020, intervalle de 2 hPa centré sur zéro, ligne négative en pointillés). Source : Brönnimann, S., Clim. Past, https://doi.org/10.5194/cp-20-2219-2024 , 2024.

De nombreuses sources contemporaines analysent les vagues de froid et comparent cet hiver à celui de 1708/09. On sait moins que l’année 1740 est restée froide jusqu’en août et qu’elle a de nouveau été froide en octobre, et que des anomalies de température négatives ont également été observées en Eurasie et en Amérique du Nord.

Anomalies mensuelles (par rapport à 1710-1739) de (a) température et (b) pression au niveau de la mer en 1740 selon la moyenne de l’ensemble ModE-RA. La figure du bas montre également les anomalies de pression au niveau de la mer selon l’approche analogique (par rapport à 1991-2020, intervalle de 2 hPa centré sur zéro, ligne négative en pointillés). Source : Brönnimann, S., Clim. Past, https://doi.org/10.5194/cp-20-2219-2024 , 2024.
Anomalies mensuelles (par rapport à 1710-1739) de (a) température et (b) pression au niveau de la mer en 1740 selon la moyenne de l’ensemble ModE-RA. La figure du bas montre également les anomalies de pression au niveau de la mer selon l’approche analogique (par rapport à 1991-2020, intervalle de 2 hPa centré sur zéro, ligne négative en pointillés). Source : Brönnimann, S., Clim. Past, https://doi.org/10.5194/cp-20-2219-2024 , 2024.

La saison froide de 1739/40 sur les terres des moyennes latitudes de l’hémisphère Nord fut peut-être la plus froide depuis 300 ans, et 1740 a été l’année la plus froide en Europe centrale depuis 600 ans.

Les nouvelles reconstructions climatiques mondiales mensuelles nous permettent d’analyser cet événement marquant avec davantage de précision, tandis que les observations quotidiennes et les reconstitutions météorologiques offrent une vue d’ensemble de la situation.

Patrons atmosphériques de l’hiver 1739/40

En Europe, on observe que l’événement a débuté par un puissant blocage scandinave au début du mois de janvier, favorisant l’advection d’air froid continental. De février à juin, les hautes pressions ont dominé sur l’Irlande, possiblement en lien avec un blocage récurrent sur l’Atlantique oriental.

Cela a entraîné une advection d’air froid en provenance de l’Atlantique Nord froid. Durant l’été, un temps cyclonique a dominé l’Europe centrale, associé à de l’air atlantique froid et humide.

L’étude analyse le rôle possible des influences océaniques (El Niño) et des forçages externes, notamment l’éruption du mont Tarumae en 1739. Si un éventuel épisode d’El Niño a pu contribuer aux vagues de froid hivernales, le blocage sur l’Atlantique oriental ne serait probablement lié ni à El Niño ni à l’éruption volcanique.

L’année froide 1740 marque l’une des variations de température les plus marquées en Europe, possiblement sans forçage externe.

Dans leurs conclusions, les auteurs indiquent que 1740 a sans doute été l’année la plus froide en Europe centrale depuis 1421. La température moyenne annuelle a été inférieure de 2 °C aux niveaux préindustriels, et la longue saison froide de 1739/40 a également été la plus froide pour les masses continentales des moyennes latitudes de l’hémisphère Nord depuis 1700.

De graves conséquences pour les sociétés européennes

L’hiver 1739/40 et l’année froide 1740 ont eu de graves conséquences pour les sociétés européennes, notamment une hausse des prix et des famines. Il est donc pertinent d’évaluer l’enchaînement des processus qui ont conduit à une année aussi froide. Malgré cela, même cette forte variabilité climatique est éclipsée par les changements observés au cours des 120 dernières années.

L’analyse révèle que le froid résulte d’une séquence particulière d’événements : un blocage continental anticyclonique/scandinave en janvier, puis un schéma négatif de l’Atlantique Est au printemps, un été cyclonique, et de nouveau un schéma négatif de l’Atlantique Est

Le rôle de la variabilité atmosphérique interne

La majeure partie de ces conditions serait probablement liée à la variabilité atmosphérique interne. Les chercheurs ont étudié de nombreux forçages et effets possibles au sein du système sans trouver d’indications claires d’un signal forcé. Seules les anomalies de circulation en janvier auraient pu être rendues plus probables par un éventuel épisode d’El Niño ou, de manière plus spéculative, par une faible étendue de la banquise arctique et une augmentation de l’enneigement. Par ailleurs, une partie du refroidissement général observé en Europe peut s’expliquer par une éruption volcanique survenue en 1739. Toutefois, cela n’en explique qu’une faible fraction, et l’élément le plus marquant de cette anomalie climatique — le schéma négatif de l’Atlantique Est ayant persisté près d’un an — ne montre aucun signe d’une contribution forcée.

L’analyse montre qu’une variabilité interne extrême de l’atmosphère est possible. Elle démontre également que les données météorologiques quotidiennes et une nouvelle reconstruction climatique mensuelle permettent, conjointement, de comprendre en détail les mécanismes à l’origine d’un phénomène climatique majeur survenu il y a près de 300 ans.

Référence de l'article :

Brönnimann, S., Filipiak, J., Chen, S., and Pfister, L.: The weather of 1740, the coldest year in central Europe in 600 years, Clim. Past, 20, 2219–2235, https://doi.org/10.5194/cp-20-2219-2024, 2024.