Crise énergétique : l'Inde remplace le gaz par un produit peu cher et surtout… insolite !

À cause du conflit au Moyen-Orient, les habitants ont recours à une pratique ancestrale et bien plus écologique !

Qui aurait cru que la bouse de vache pouvait se révéler être un biogaz utile et écologique ?
Qui aurait cru que la bouse de vache pouvait se révéler être un biogaz utile et écologique ?

Dans de nombreuses zones rurales de Inde, la bouse de vache reste une source d’énergie domestique essentielle. Séchée sous forme de galettes ou transformée en biogaz, elle sert à cuisiner, chauffer l’eau et parfois produire de l’électricité. Cette pratique ancestrale connaît aujourd’hui un regain d’intérêt, notamment à cause du coût du gaz de pétrole liquéfié (GPL) et des difficultés d’approvisionnement en raison du conflit au Moyen-Orient.

Depuis plusieurs années, le gouvernement indien tente pourtant d’encourager la transition vers des combustibles plus propres grâce au programme public "Pradhan Mantri Ujjwala Yojana", qui a permis à des dizaines de millions de foyers d’obtenir une bouteille de GPL subventionnée.

Mais l’accès à une bouteille ne signifie pas automatiquement son utilisation quotidienne. Une étude publiée dans la revue scientifique Nature Energy montre que de nombreux ménages ruraux continuent d’utiliser des combustibles solides, notamment le bois et la bouse séchée, malgré leur raccordement au gaz.

La raison principale est économique. Le coût des recharges de GPL reste trop élevé pour une partie importante de la population rurale, surtout pour les foyers vivant de revenus agricoles irréguliers ou de petits emplois journaliers. À l’inverse, la bouse de vache est disponible gratuitement dans les familles possédant du bétail. Elle constitue donc une énergie locale, immédiatement accessible et indépendante des fluctuations des marchés internationaux.

En 2026, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les perturbations des importations de gaz ont même renforcé cette dépendance aux solutions traditionnelles. Plusieurs médias indiens ont rapporté que des villages se sont tournés vers le biogaz issu de la bouse afin de compenser les pénuries de GPL.

Techniquement, la bouse peut être utilisée de 2 façons. La méthode la plus ancienne consiste à la faire sécher au soleil avant de la brûler directement. Mais cette combustion produit beaucoup de fumées toxiques et contribue à la pollution de l’air intérieur.

Selon plusieurs travaux scientifiques, cette pollution domestique reste un problème sanitaire majeur en Inde, notamment pour les femmes exposées quotidiennement aux fumées de cuisson. L’Organisation mondiale de la santé estime que la pollution de l’air intérieur liée aux combustibles solides provoque des millions de décès prématurés dans le monde chaque année.

L’alternative la plus moderne est le biogaz. Dans ce système, les déchets organiques fermentent dans une cuve fermée sans oxygène. Ce processus produit du méthane utilisable pour alimenter une cuisinière. Le résidu peut ensuite servir d’engrais agricole. Le biogaz permet donc à la fois de produire de l’énergie renouvelable et de recycler les déchets d’élevage.

Le gouvernement indien soutient désormais cette filière via différents programmes, notamment le projet SATAT, destiné à développer le biométhane et réduire la dépendance aux énergies fossiles importées. Pour les autorités, la valorisation énergétique de la bouse représente également un enjeu climatique.

Lorsque les déjections animales se décomposent à l’air libre, elles émettent du méthane, un gaz à effet de serre particulièrement puissant. Les installations de biogaz permettent de capter ce méthane pour le transformer en énergie utile.

Cependant, les experts rappellent que la combustion directe de bouse séchée ne constitue pas une solution idéale sur le plan environnemental ou sanitaire. Le véritable enjeu énergétique de l’Inde rurale est aujourd’hui d’accélérer l’accès à des systèmes de cuisson propres, fiables et abordables, tout en tenant compte des réalités économiques des populations rurales.

Références de l'article :

Mani, S., Jain, A., Tripathi, S. et al. The drivers of sustained use of liquified petroleum gas in India. Nat Energy 5, 450–457 (2020).

Le Dauphiné Libéré, (01/05/2026), « C’est de l’or noir » : faute de gaz, des Indiens cuisinent à la bouse de vache sacrée