Climat : la France se prépare à +4°C...sans se donner les moyens d'y faire face
La France se prépare désormais à un réchauffement pouvant atteindre +4 °C d’ici 2100. Un cap climatique assumé par l’État, mais qui révèle surtout un décalage inquiétant entre les constats scientifiques et les moyens réellement engagés.

C’est un texte discret, publié au Journal officiel le 25 janvier 2026, mais dont la portée est considérable. Pour la première fois, l’État français fixe noir sur blanc une trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC).
Un cap climatique désormais officiel
La TRACC repose sur les meilleures connaissances scientifiques disponibles, notamment celles du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, du CNRS et de Météo-France, et anticipe +2 °C en 2030, +2,7 °C en 2050 et jusqu’à +4 °C en 2100 en France métropolitaine.
+4 °C, ce n’est pas un simple « monde plus chaud » : c’est un pays profondément transformé. Des vagues de chaleur plus longues et plus intenses, des sécheresses chroniques, des forêts fragilisées, des littoraux sous pression et des inondations plus fréquentes. La France se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale, un phénomène bien documenté par la science du climat.
Une boussole sans chemin ?
Officiellement, cette Tracc doit servir de guide aux politiques publiques. La ministre de la Transition écologique assure qu’elle permettra « d’anticiper plutôt que de réparer dans l’urgence ». Mais dans les faits, elle reste indicative. Le gouvernement a fait le choix d’un décret, et non d’une loi débattue au Parlement, limitant sa portée juridique et politique.
Même l’Inspection générale de l’environnement (Igedd) reconnaît qu’il serait « possible et souhaitable » de donner à cette trajectoire des effets juridiques plus contraignants. Aujourd’hui, elle invite simplement les collectivités à en tenir compte dans leurs documents d’urbanisme et leurs plans climat. Une invitation, pas une obligation. Autrement dit : un cap affiché, mais peu de leviers pour s’y conformer réellement.
Des moyens très en dessous des besoins
L’adaptation au changement climatique n’est plus une option : c’est une nécessité économique, sociale et sanitaire. La Commission européenne estime que la France devrait investir 9,5 milliards d’euros par an pour s’adapter aux impacts climatiques. Les financements actuels sont plus de cinq fois inférieurs à ce niveau.
Ce sous-investissement est d’autant plus problématique que la réduction des émissions reste elle aussi insuffisante : la baisse prévue est de –1,6 % entre 2024 et 2025, alors que la science indique qu’il faudrait réduire les émissions de 4,7 % par an pour rester cohérents avec les objectifs climatiques. Fixer des trajectoires sans financer les actions revient à organiser l’impuissance publique.
L'adaptation : une question de justice
Le climat ne frappe jamais au hasard. Selon l'OXFAM, les impacts toucheront plus durement les territoires exposés : littoraux, zones inondables, forêts, mais surtout les personnes vulnérables : travailleurs en extérieur, personnes âgées, malades chroniques, populations précaires ou exclues des services publics.
Le dernier rapport d’Oxfam rappelle qu’investir dans l’adaptation aujourd’hui permet d’économiser demain, en évitant des dégâts humains, économiques et sanitaires bien plus coûteux. Pourtant, ni l’État ni les entreprises ne sont aujourd’hui à la hauteur. Le GIEC soulignait déjà en 2022 que le secteur privé anticipe mal les risques climatiques et investit trop peu pour s’y préparer.
Références de l'article
France. (2026, 23 janvier). Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (Tracc) (Décret n° 2026-23). Journal officiel de la République française.
Souchay, E. (2026, 4 février). Changement climatique : le gouvernement fixe une trajectoire, sans mettre les moyens. Reporterre.