Changement climatique : pourquoi la Normandie n'est pas plus à l'abri que les autres régions françaises ?

Recul des falaises, montée des eaux, vagues de chaleur, risques d'inondations en hausse... la Normandie connait aussi les conséquences du changement climatique. La différence avec les autres régions ? La Normandie se croit plus à l'abri. Le danger ? Ne pas anticiper autant que nécessaire.

La Normandie de plus en plus confrontée aux crues et inondations doit aussi prendre conscience qu'elle est aussi vulnérable face au changement climatique.
La Normandie de plus en plus confrontée aux crues et inondations doit aussi prendre conscience qu'elle est aussi vulnérable face au changement climatique.

Peu de Normands disent ressentir les effets du réchauffement climatique. Seuls 52 % d'entre eux le ressentent dans leur quotidien, contre 71 % au niveau national. Ce sentiment de sécurité relative s’explique par un facteur géographique réel, associé à des biais psychologiques naturels, comme l'explique les scientifiques.

Avec une idée préconçue que la météo est souvent moins chaude et davantage pluvieuse, liée à la position géographique de la Normandie, la sensation d'être autant concernée que les autres régions par le réchauffement climatique a plus de mal à faire son chemin.

Selon Julien Réveillon, chercheur à l’université de Rouen Normandie, cette illusion « entretient chez nous, les Normands, un biais d’optimisme irréaliste accentué. De ce fait, nous avons une tendance naturelle à nous considérer comme mieux protégés que les autres et, parfois paradoxalement, à l’abri. »

La Normandie touchée comme toutes les autres régions

La région normande est concernée par le réchauffement climatique tout autant que les autres. Entre 1971 et 2023, la ville de Rouen est passée de 14 jours par an à plus de 25 °C à 40 jours par an. Les huit années les plus chaudes depuis 1970 ont toutes eu lieu après 2014. Et le phénomène devrait s’accentuer d'ici la fin du siècle.

Les falaises, elles, reculent de 20 à 40 cm par an, selon les zones et l'intensification des constructions, avec les effondrements que cela entraîne. « La montée des eaux de la mer peut aussi provoquer un phénomène de blocage de l’écoulement des eaux fluviales vers la mer, comme cela a été observé en mars 2020 quand les quais de Rouen se sont retrouvés inondés. »

Les risques que l'on ne voit pas

Pour le chercheur, « l’équilibre et la dynamique d’un territoire découlent de multiples facteurs étroitement liés par des interactions complexes. La modification d’un seul élément, comme l’élévation des températures, entraîne des conséquences en chaîne sur l’ensemble des autres secteurs : eau, biodiversité, économie, santé, etc. »

Le risque est que ces interactions, parfois complexes, soient mal prises en compte et que cela empêche l'anticipation de procédures de prévention et d’adaptation adéquates face aux risques. Grâce à la création du Giec normand, l'analyse a pu s'élargir aux effets sociaux, juridiques et économiques du changement climatique.

Aujourd'hui, la Normandie a pris conscience qu'il est temps de « passer de la phase de diagnostic à une transformation opérationnelle des politiques publiques. » Il faut désormais « réfléchir en scénario », agir à l'échelle des métropoles et des régions et réduire les inégalités face aux risques.

Références de l'article :

20 Minutes, Changement climatique : la Normandie est plus vulnérable qu’elle ne le croit

Giec normand, Note d’information portant sur les connaissances sociologiques liées au changement climatique en Normandie