Les somnifères pourraient empêcher le cerveau d’effectuer une tâche essentielle, selon les scientifiques

Notre cerveau se nettoie pendant que notre corps se repose. Les scientifiques ont établi ce fait, mais une nouvelle étude publiée montre que la consommation de somnifères pourrait freiner ce mécanisme, pourtant essentiel.

Le somnifère, une aide qui doit être temporaire
Le somnifère, une aide qui doit être temporaire

Les bras de Morphée. Une fois la nuit tombée, nous nous endormons paisiblement, pour récupérer après une longue journée. Notre corps se repose, certes. Mais notre cerveau, lui, ne prend aucune pause. Et encore moins pendant la nuit. Pendant que nous dormons, notre système glymphatique élimine les déchets toxiques accumulés pendant la journée. En somme, notre cerveau se nettoie naturellement pendant la nuit. Le problème, c’est que l’usage de médicament pourrait entraver cette fonction pourtant essentielle.

Un être humain passe environ un tiers de sa vie à dormir

Les consommateurs de somnifères se comptent par millions. Ces petites pilules, censées vous aider à vous endormir, pourraient bloquer le processus d'auto-nettoyage du cerveau, comme le révèle cette étude récente, publiée dans la revue scientifique Cell. Natalie Hauglund, postdoctorante à l’Université d’Oxford et à l’Université de Copenhague, est l’autrice principale de l’étude. Elle explique que l’objectif des chercheurs est de comprendre comment le liquide céphalo-rachidien peut circuler dans le système glymphatique.

En effet, c’est ce processus qui permet ce rinçage, alors que nous dormons

C’est en s’infiltrant dans les crevasses que le liquide céphalo-rachidien pénètre dans le cerveau. Les déchets sont absorbés et acheminés ailleurs dans le corps. Maiken Nedergaard est professeure au centre médical de l’Université de Rochester. Elle explique le fonctionnement. « Le cerveau est le seul organe entouré d’un crâne, ce qui signifie qu’il a un volume défini. Ainsi, chaque fois que le volume sanguin du cerveau change, le liquide cérébrospinal doit se déplacer pour compenser. »

Lors de l’étude, les chercheurs ont administré un somnifère à des souris. Résultat : ces derniers ont observé une disparition des oscillations, qui a engendré le freinage de l’écoulement du liquide céphalo-rachidien. Pour Bryce Mander, professeur agrégé au Centre de neurobiologie de l’apprentissage et de la mémoire de l’Université d’Irvine, cette découverte prouve que « le système glymphatique, un processus neurobiologique qui a lieu durant le sommeil, est activement perturbé par la prise de sédatifs ».

Des souris, utilisées pour cette étude
Des souris, utilisées pour cette étude

Le scientifique assure que « nous devons réfléchir à notre manière d’évaluer les somnifères afin de nous assurer qu’ils ne perturbent pas les fonctions fondamentales de soutien du sommeil. » Il faudra constater ces résultats sur des être humains. Il faudra également étudier différents types de médicaments, car pour le moment, les différences ne sont pas identifiées. « L’objectif n’est pas simplement d’être inconscient. L’objectif, c'est d’avoir un sommeil réparateur », conclut Bryce Mander.

Si vous êtes un consommateur de somnifères, les scientifiques conseillent de ne pas arrêter brutalement, sans un avis médical. Ils alertent néanmoins sur le fait que le somnifère résultent plus d’une aide temporaire et qu’il vaut mieux éviter une prise sur le long terme, car les connaissances scientifiques sur les effets au niveau du cerveau ne sont pas encore complètes.

Référence de l’article :

Notre cerveau se "nettoie" pendant le sommeil, et les somnifères pourraient entraver ce processus