La Niña est là : pourquoi les risques économiques liés à un océan plus chaud s'amplifient ?

Malgré l’arrivée de La Niña, une étude scientifique récente montre que l’océan mondial a continué de se réchauffer en 2025. Une chaleur invisible, mais lourde de conséquences climatiques et économiques. Faisons le point.

Malgré La Niña, l’océan continue d’emmagasiner de la chaleur.
Malgré La Niña, l’océan continue d’emmagasiner de la chaleur.

Selon les résultats d’une étude analysant l’état thermique de l’océan en 2025, le réchauffement océanique s’est poursuivi sans interruption, y compris durant l’installation de conditions La Niña. Pour rappel, la Niña est un épisode naturel du cycle climatique El Niño-Southern Oscillation (ENSO), caractérisé par un refroidissement des eaux de surface du centre et de l’est du Pacifique équatorial. Il modifie les vents, les précipitations et les régimes climatiques régionaux.

L’Organisation météorologique mondiale (OMM) prévoit une probabilité de 55 % que La Niña soit présente entre décembre 2025 et février 2026, bien que d’intensité plutôt faible, suivie d’un retour progressif à des conditions neutres au printemps.

Ce phénomène peut faire baisser légèrement les températures mondiales à court terme. Mais il faut savoir que La Niña agit surtout en surface, sur quelques mètres d’eau. Elle ne contredit pas une tendance de fond que l’OMM souligne également ; malgré ce phénomène naturel, de nombreuses régions continueront d’enregistrer des températures supérieures à la normale, dans un contexte de changement climatique d’origine anthropique.

Comment mesure-t-on la chaleur emmagasinée dans l'océan ?

Selon l’étude, le cœur de l’analyse repose sur le contenu thermique de l’océan (OHC). Cet indicateur est central car il permet de suivre l’accumulation d’énergie à long terme, bien au-delà des variations de surface influencées par La Niña ou El Niño. Les scientifiques utilisent aujourd’hui une combinaison de données observées et d’analyses robustes pour mesurer la chaleur dans l’océan.

La clef de cette méthode, c’est une immense flotte de capteurs appelés Argos, des flotteurs autonomes qui plongent et remontent tous les jours, mesurant la température et la salinité jusqu’à 2 000 mètres de profondeur. Ces données, combinées à des observations satellites et à des campagnes en navires, permettent de reconstruire avec précision le contenu thermique de l’océan (OHC).

Pour garantir la solidité des résultats, les chercheurs comparent plusieurs jeux de données indépendants, issus de différents instruments et approches statistiques. Ils corrigent aussi les biais possibles (par exemple, liés aux variations saisonnières ou aux zones encore peu observées). Cela permet de confirmer de manière cohérente et robuste que l’océan se réchauffe plus rapidement, plus profondément et globalement.

En 2025, ces méthodes rigoureuses montrent que l’océan a absorbé environ 23 zettajoules de chaleur supplémentaires par rapport à 2024, une quantité phénoménale d’énergie stockée dans l’eau et prête à influencer les systèmes climatiques à long terme.

Une chaleur cachée qui pèse déjà sur l'économie

Ce réchauffement profond amplifie des risques économiques concrets. Une eau plus chaude alimente des vagues de chaleur marines qui perturbent les écosystèmes et les pêcheries, réduisent les captures et remettent en question la durabilité des ressources halieutiques. L’élévation du niveau de la mer, accélérée par la dilatation thermique de l’eau, augmente aussi la vulnérabilité des côtes : ports, infrastructures logistiques et zones urbaines basses deviennent davantage exposés aux inondations et aux tempêtes.

Sur le plan énergétique, l’impact est réel : les ressources telles que l’eau de refroidissement des centrales, la performance de l’hydroélectricité ou la fiabilité des parcs éoliens offshore sont maintenant sensibles à ces extrêmes océaniques. Les assureurs, à leur tour, ajustent les primes, réévaluent les risques et intègrent ces nouvelles réalités dans leurs modèles financiers.

Le rôle clé des prévisions climatiques

Selon l’OMM, les prévisions saisonnières liées à La Niña et El Niño sont des outils de planification essentiels pour les secteurs sensibles au climat comme l’agriculture, l’énergie, la santé, les transports, etc., et pour les opérations humanitaires. Ce savoir permet d’anticiper les impacts, d’éviter des pertes économiques se chiffrant en millions de dollars et de sauver des vies.

Mais l’étude nous rappelle avec force que les phases de refroidissement en surface passent ; la chaleur océanique reste. Tant que les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent, l’océan continuera de stocker de l’énergie. Comprendre cette réalité scientifique, c’est transformer l’information climatique en levier d’action.

Références de l'article

Pan, Y., Cheng, L., Abraham, J., Trenberth, K. E., Reagan, J., Du, J., … & Lin, C. (2026). Ocean heat content sets another record in 2025. Advances in Atmospheric Sciences. https://doi.org/10.1007/s00376-026-5876‑0

Organisation météorologique mondiale. (2025, 4 décembre). Bulletin Info Niño/Niña: l’OMM prévoit un épisode La Niña de faible intensité.