Existe-t-il vraiment un lien scientifique entre réchauffement climatique et violences faites aux femmes ?
Le réchauffement climatique peut-il aggraver les violences faites aux femmes ? Les études scientifiques, au-delà des débats politiques, apportent leur réponse.

Le lien entre climat et violences peut surprendre. Il dérange parfois, au point de déclencher des attaques politiques virulentes contre les chercheurs qui l’étudient. Pourtant, la question est prise au sérieux par la communauté scientifique depuis plus d’une décennie.
L’objectif n’est pas de chercher des coupables « climatiques », mais de comprendre comment la hausse des températures et d’autres facteurs environnementaux influencent des comportements déjà fragilisés par des inégalités sociales, dans un contexte où le changement climatique constitue un enjeu sanitaire, économique et social majeur.
Un phénomène documenté par la recherche internationale
Les violences faites aux femmes, qu’elles soient conjugales, sexuelles ou psychologiques, constituent un problème de santé publique mondial. Environ une femme sur trois y est confrontée au cours de sa vie. Dans ce contexte déjà marqué par de fortes inégalités de genre, plusieurs équipes de recherche ont cherché à comprendre si le réchauffement climatique pouvait agir comme un facteur aggravant.
Une synthèse du programme international Spotlight Initiative, publiée en 2025, met en évidence une augmentation moyenne d'environ 5 % des violences conjugales pour chaque hausse de 1°C de la température mondiale, à partir de données issues de plusieurs pays d’Asie du Sud. Ce résultat s’inscrit dans un ensemble plus large de travaux : une revue de littérature regroupant plus de 40 études fait état d’augmentations récurrentes des violences faites aux femmes après des événements climatiques extrêmes.
Des résultats observés dans des contextes variés
Contrairement à certaines idées reçues, ces associations ne concernent pas uniquement les pays à faibles revenus ou les régions tropicales. Des travaux menés en Europe montrent également des effets significatifs. En Espagne, une étude menée à Madrid et publiée en 2018 observe une hausse d’environ 40 % des féminicides pendant les épisodes de vagues de chaleur.
#AnnéeEnRevue l La crise climatique entraîne une recrudescence des violences sexistes.
— ONU Genève (@ONUGeneve) December 26, 2025
️Chaque augmentation de 1°C de la température mondiale une augmentation de 4,7% des violences conjugales. Il est urgent d'agir.https://t.co/YXgZB002xo #ActionClimat pic.twitter.com/x8sV09EMCI
À une échelle plus large, Une méta-analyse publiée en 2024, reposant sur plus de 80 études, conclut à une association robuste entre la hausse des températures et plusieurs formes de violences interpersonnelles, incluant les homicides. Ces résultats convergents renforcent l’hypothèse selon laquelle la chaleur constitue un facteur de risque transversal.
Quels mécanismes explicatifs ?
La recherche s’intéresse désormais aux mécanismes susceptibles d’expliquer ces associations. Sur le plan biologique, plusieurs études suggèrent que la température influence la régulation de neurotransmetteurs clés, notamment la sérotonine et la dopamine, impliquées dans la gestion de l’humeur, du stress et du contrôle des impulsions.
Sur le plan psychologique et social, des températures élevées maintenues sur plusieurs jours ou semaines sont associées à une augmentation du stress, de la fatigue, de l’irritabilité, ainsi qu’à des consommations accrues d’alcool ou de psychotropes.
Ces facteurs sont bien connus pour abaisser le seuil de tolérance aux frustrations et augmenter le risque de comportements violents. Les violences ne se limitent d’ailleurs pas aux agressions intentionnelles : des violences non intentionnelles et des violences auto-infligées, notamment les suicides, montrent également une corrélation avec la hausse des températures, y compris en France.
Comprendre sans déresponsabiliser
Un point important mérite toute notre attention : ces travaux ne visent en aucun cas à déresponsabiliser les auteurs de violences. Ils n’invoquent ni un déterminisme climatique ni une prétendue « nature violente » liée à la chaleur. Les études analysent les variations de température à court terme au sein d’un même territoire, toutes choses égales par ailleurs.
Reconnaître l’existence de ces liens permet au contraire d’enrichir les politiques publiques. Dans un contexte de multiplication des vagues de chaleur liée au changement climatique, intégrer la prévention des violences dans les stratégies d’adaptation climatique apparaît comme un enjeu central. Cela implique notamment de renforcer les dispositifs de protection des femmes lors des périodes de stress climatique accru.
Références de l'article
Thomas V. (2026, 24 janvier). Les violences faites aux femmes augmentent-elles avec le réchauffement climatique ? BonPote.
Choi HM, Heo S, Foo D, Song Y, Stewart R, Son J, Bell ML. Temperature, Crime, and Violence: A Systematic Review and Meta-Analysis. Environ Health Perspect. 2024 Oct;132(10):106001. doi: 10.1289/EHP14300. Epub 2024 Oct 15. PMID: 39404825; PMCID: PMC11477092.