Climat : comment expliquer la hausse record de méthane depuis 2020 face à une pollution atmosphérique en baisse ?

Alors en pleine pandémie de Covid-19, des records de concentration de méthane sont enregistrés dans l'atmosphère, malgré le ralentissement de l'activité humaine et économique. Selon des chercheurs, c'est ce ralentissement qui serait à l'origine de l'augmentation du gaz à effet de serre.

La rue de Rivoli à Paris vidée de ses habitants et de sa circulation durant le confinement en 2020.
La rue de Rivoli à Paris vidée de ses habitants et de sa circulation durant le confinement en 2020.

Une étude publiée dans Science explique la hausse record de concentration de méthane entre 2020 et 2021 par une perte temporaire des « agents de nettoyage » naturels de l’atmosphère, les radicaux hydroxyles (OH), polluants issus des transports, qui sont les principaux responsables de l’élimination dans l’atmosphère du méthane.

Deuxième gaz à effet de serre après le CO2, le méthane a donc augmenté et perduré dans l'atmosphère grâce à la baisse des oxydes d'azote, normalement issus des transports. C'est le ralentissement de l'activité mondiale qui a engendré ce phénomène paradoxal, renforcé par une progression des émissions issues des zones humides.

Dommage collatéral dans l'atmosphère

Ce phénomène mystérieux, qui avait laissé les scientifiques perplexes, n'a pas été causé par l'industrie des énergies fossiles ni par les incendies. « Ces réductions d'OH sont en partie liées au fait qu'on avait émis moins de NOx (oxydes d'azote) », explique Philippe Ciais, du Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE), auteur principal de l'étude publiée dans Science.

Pour les chercheurs, ces résultats interrogent quant aux objectifs de réduction de la pollution par les voitures, les avions et les navires. Comment concilier actions vertueuses pour le climat et limitation des effets négatifs ?

« Pour moi, ça veut dire qu'il faut faire l'amélioration de la qualité de l'air et encore plus l'atténuation des émissions de gaz à effet de serre, pour compenser quelque part ces effets négatifs liés au lien chimie-climat », prône Marielle Saunois, chercheuse et coautrice de l'étude.

L'impact des zones humides

Les zones dites « humides », notamment les marais, lacs, sols saturés en eau ainsi que de l'agriculture, émettent eux aussi du méthane. Si ces émissions sont naturelles, elles ont elles aussi tendance à augmenter.

« Alors que la planète devient plus chaude et humide, les émissions de méthane des zones humides, des eaux intérieures ou des rizières vont de plus en plus façonner le changement climatique à court terme », souligne Hanqin Tian, du Boston College, qui a participé à l'étude, d'où l'importance d'en tenir compte.

Références de l'article :

Science, What is causing the methane surge?

Le Figaro, Climat : quand la baisse de la pollution fait augmenter brusquement la concentration de méthane