Canicules : l'exposition des bébés a bondi de 174% en France
Entre 2016 et 2025, les moins d’un an ont été exposés en moyenne à neuf jours de canicule supplémentaires par an en France, par rapport à 1986-2005. Des études suggèrent aussi que la chaleur pourrait peser sur le développement de l’enfant dès la grossesse.

Les nourrissons sont particulièrement vulnérables aux fortes chaleurs : leur organisme régule moins efficacement sa température et ils ne peuvent pas toujours signaler leur soif. Les données françaises montrent une hausse de leur exposition aux canicules. Plusieurs études explorent également les effets possibles de la chaleur sur leur développement, avant et après la naissance.
Des bébés de plus en plus exposés aux canicules
Dans son dixième rapport, publié le 28 octobre, le Lancet Countdown présente pour la première fois des évaluations nationales des effets du changement climatique sur la santé. En France, les moins d’un an ont été exposés en moyenne à neuf jours de canicule supplémentaires par an entre 2016 et 2025, par rapport à 1986-2005 : leur exposition a augmenté de 174 %. Chez les personnes de plus de 65 ans, la hausse atteint 186 %.
Les nourrissons sont particulièrement vulnérables : ils absorbent davantage de chaleur que les adultes, transpirent moins et ne peuvent pas toujours exprimer leur soif. La déshydratation peut évoluer vers un épuisement thermique ou un coup de chaleur, une urgence médicale pouvant endommager plusieurs organes.
Des effets possibles dès la grossesse
Une étude menée auprès d’environ 21 000 femmes enceintes, issues de quatre cohortes mère-enfant recrutées entre 2002 et 2017, associe l’exposition à la chaleur pendant la grossesse à des variations du poids de naissance.
Pendant les deux premiers trimestres, l’exposition à la chaleur est associée à un poids de naissance inférieur de 40 à 200 grammes, selon le niveau d’exposition. Entre les 32e et 35e semaines, l’association observée va dans l’autre sens, avec une hausse d’environ 60 grammes.
Ces résultats sont importants au regard des conséquences possibles d'un faible poids de naissance, défini par un poids inférieur à 2,5 kg. Celui-ci augmente les risques de complications néonatales et peut être associé à des problèmes de santé ultérieurs, notamment le diabète et l'hypertension.
L’étude examine aussi le rôle de l’environnement : les associations avec la chaleur pourraient être plus marquées lorsque la végétation est rare et le stress socio-économique élevé.
Le développement du cerveau également concerné
Par ailleurs, une équipe de l’Inserm, du CNRS et de l’Université Grenoble Alpes a étudié le développement du langage chez 12 000 enfants. L’étude associe l’exposition à des températures extrêmes entre la 14e et la 19e semaine de grossesse, puis durant les sept premiers mois de vie, à des scores de langage jusqu’à 15 % plus faibles à l’âge de deux ans.
Une autre étude internationale, portant sur 19 607 enfants de 3 à 4 ans dans six pays, apporte un éclairage complémentaire. Les températures moyennes mensuelles supérieures à 32 °C sont associées à une baisse des performances en littératie et en numératie, deux compétences liées au langage et aux premiers apprentissages mathématiques.
Ces résultats ne signifient pas que la chaleur condamne un enfant à rencontrer des difficultés. Ils révèlent des corrélations scientifiques qui méritent d'être approfondies, notamment pour mieux comprendre les mécanismes en jeu et leurs conséquences à long terme.
Protéger les enfants, une priorité d'adaptation
Hydratation régulière, vêtements légers, espaces ombragés et lieux frais constituent des mesures essentielles. Pour les bébés de moins de six mois, l'allaitement à la demande ou des biberons plus fréquents permettent de répondre aux besoins hydriques. Au-delà de six mois, de petites quantités d'eau peuvent être proposées en complément de l'alimentation lactée.
Il faut également surveiller les signes de déshydratation : bouche sèche, urines moins fréquentes, absence de larmes, somnolence inhabituelle ou irritabilité. Un enfant ne doit jamais être laissé seul dans une voiture, même quelques minutes.
À l'échelle collective, végétaliser les quartiers, améliorer le confort thermique des logements et garantir l'accès à l'eau potable sont autant de leviers pour réduire les inégalités d'exposition.
Références de l'article
Stéphane Mandard. (2026). Climat : 79 millions d’heures de travail potentielles perdues en France chaque année en raison de l’exposition aux chaleurs.
Auriane Polge. (2026). Dès la naissance, la chaleur peut perturber le développement cérébral.
Iserm. (2025). L’exposition à des températures élevées au début de la vie pourrait être à l’origine de troubles linguistiques et neurodéveloppementaux chez les jeunes enfants.
Santé Publique France. (2026). Petit poids de naissance : l’impact de l’exposition à la chaleur serait renforcé par les facteurs environnementaux et socio-économiques.
Lancet Countdown. (2026). The 2026 Global Report of the Lancet Countdown.