Pourquoi ces 2 squelettes ont-ils été inhumés enlacés ? Ce cold case du Paléolithique enfin résolu !

L'un des 2 squelettes présentaient des anomalies génétiques jusqu'ici encore non définies !

Selon les experts, il s'agissait de 2 personnes de lien au premier degrés : une mère et sa fille ou 2 soeurs. Image d'illustration
Selon les experts, il s'agissait de 2 personnes de lien au premier degrés : une mère et sa fille ou 2 soeurs. Image d'illustration

2 squelettes inhumés dans une position qui ressemble à une étreinte. Ces restes humains ont été découverts en 1963 dans la grotte de Romito près de Papasidero, dans la région de Calabre en Italie. Ces 2 personnes vivaient sur Terre il y a plus de 12 000 ans. Mais personne n'avait réussi à percer leurs secrets jusqu'à ce début d'année…

Les 2 squelettes étaient des femmes. La première Romito 1 était une adulte d'environ 1m45. Elle enlaçait la seconde, baptisée Romito 2, en passant son bras gauche autour d'elle. Romito 2 était une adolescente d'environ 1m10. Elles ont été mises dans la même tombe à la fin du Paléolithique supérieur. Les anthropologues ont constaté une anomalie osseuse chez la plus jeune sans parvenir à l'identifier.

C'est maintenant chose faite grâce à leurs études, recherches et leurs nombreux travaux, ils sont parvenus à la constatation que Romito 2 souffrait de dysplasie acromésomélique de type Maroteaux. Il s'agit d'une affection touchant la croissance et la morphologie du squelette, une forme de nanisme très rare. Les membres supérieurs et inférieurs (bras et jambes) sont plus courts que la moyenne tandis que le tronc est de taille normale.

En dehors de l'affection osseuse dont souffrait Romito 2, les scientifiques cherchaient encore d'autres réponses : le lien de parenté entre les 2 femmes. Grâce à l'analyse ADN, l'équipe composée de chercheurs de l’université de Liège et de Vienne, de biologistes de l’université de Coimbra (Portugal), de l’Institut de recherche environnementale de Wageningen (Pays-Bas) et de l’université Sapienza de Rome, a finalement trouvé la réponse.

Les 2 femmes étaient parentes au premier degré : soit mère-fille, soit 2 soeurs. Pour parvenir à ces conclusions, les spécialistes ont dû séquencer leur ADN. Mais encore faut-il en trouver sur des restes déterrés il y a plus de 60 ans et vieux de milliers d'années. Pour cela, ils ont prélevé l'ADN dans un os extrêmement dense mais l'un des meilleurs pour ce type d'analyse : l'os temporal au niveau de l'oreille interne gauche pour les 2 squelettes.

C'est aussi grâce à l'analyse ADN qu'ils ont pu identifier le sexe de ces 2 personnes jusqu'alors encore indéterminé. Aussi, les experts ont continué leurs recherchent jusqu'à découvrir que les 2 femmes appartenaient à un groupe de chasseurs-cueilleurs qui s'est étendu du sud de l'Europe vers le centre et l'ouest du continent.

Cette étude spectaculaire menée par une équipe internationale combine plusieurs sciences : l'anthropologie, la médecine clinique et génétique, l'archéologie, la biologie… Il est intéressant de constater que malgré sa différence dans un contexte très difficile, l'adolescente a survécu. En effet, son handicap osseux limitait ses mouvements et devait entraver les gestes du quotidien tels que la marche ou sa capacité à saisir des choses.

Or, dans le contexte du Paléolithique supérieur, la mobilité était synonyme de survie. Pourtant, cette jeune fille a vécu jusqu'à la fin de l'adolescence et les recherchent montrent qu'elle avait un régime alimentaire et un niveau de stress nutritionnel identiques aux autres individus du site. Elle a donc pu survivre grâce au soutien et à la protection de son groupe.

Nos ancêtres préhistoriques ne se contentaient pas de survivre dans l'immédiat, ils étaient capables d'intégrer et de prendre soin des membres différents de leur groupe. Nous sommes donc loin du concept de la "loi du plus fort" ou de la "loi de la nature"…

Références de l'article :

Marc Gozlan, LeMonde, (25/02/2026), La génétique résout 12 000 ans plus tard un cold case du Paléolithique