Quelle est cette espèce emblématique de l'Antarctique officiellement classée "en danger" ?

Les bébés meurent de froid ou noyés à cause du réchauffement climatique…

Avec le manchot empereur, l'otarie de Kerguelen rejoint également la liste des espèces classée "en danger" par l'UICN.
Avec le manchot empereur, l'otarie de Kerguelen rejoint également la liste des espèces classée "en danger" par l'UICN.

Symbole du continent blanc, le manchot empereur est désormais officiellement classé “en danger”. Une décision récente qui alerte sur l’état de santé de l’Antarctique et, plus largement, sur l’accélération du changement climatique. C’est une annonce marquante : l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) a placé le manchot empereur dans la catégorie “en danger” dans sa dernière mise à jour de la liste rouge publiée en avril 2026.

Jusqu’ici considéré comme “quasi menacé”, cet oiseau emblématique de l’Antarctique franchit donc un cap préoccupant. Ce changement de statut reflète une dégradation rapide de sa situation, confirmée par plusieurs études scientifiques récentes.

À qui la faute ?

Le manchot empereur est le plus grand de tous les manchots et vit exclusivement en Antarctique. Sa particularité : il dépend étroitement de la banquise pour se reproduire et élever ses petits. Chaque année, les colonies s’installent sur une glace stable pour couver les œufs en plein hiver. Mais ce fragile équilibre est aujourd’hui menacé.

La fonte accélérée de la banquise est identifiée comme la principale cause de son déclin. Lorsque la glace disparaît trop tôt, les poussins, encore incapables de nager, tombent à l’eau ou meurent de froid avant d’avoir développé leur plumage imperméable.

C'est une espèce très associée à la banquise et à la glace de mer. Or, depuis 2016-2017, il y a une forte diminution de l'étendue de banquise autour de l'Antarctique de manière assez globale et donc sans glace de mer, elle va avoir des grosses difficultés à survivre

Ces dernières années, certaines colonies ont ainsi perdu la totalité de leurs jeunes. En parallèle, la réduction de la glace affecte aussi l’accès à la nourriture (poissons, krill, calamars), essentielle à leur survie.

Aujourd’hui, on estime la population à environ 250 000 couples reproducteurs en Antarctique . Mais les projections sont alarmantes : une population potentiellement divisée par deux d’ici 2080 et un déclin déjà observé dans plusieurs colonies, parfois supérieur à 20 % en quelques années. Sans réduction rapide des émissions de gaz à effet de serre, le déclin pourrait s’accélérer tout au long du siècle…

    Une victime de plus du climat…

    Au-delà de son cas, le manchot empereur est considéré comme une espèce sentinelle du changement climatique, selon Philip Trathan, membre du groupe de spécialistes qui a travaillé sur la nouvelle évaluation de l'UICN. Sa dépendance à la glace en fait un indicateur direct des transformations en cours dans l’Antarctique.

    Sa mise en danger s’inscrit dans un phénomène plus large : d’autres espèces emblématiques du continent, comme certaines otaries ou éléphants de mer, voient également leur situation se dégrader. C'est le cas de l'otarie de Kerguelen.

    Le classement du manchot empereur en “en danger” dépasse le cadre de la biodiversité. Il souligne une réalité plus large : même les régions les plus isolées de la planète ne sont plus épargnées par les activités humaines, ni par les conséquences du changement climatique.

    L’Antarctique, longtemps considéré comme un sanctuaire, devient aujourd’hui un révélateur des bouleversements climatiques en cours. La survie du manchot empereur dépend désormais directement de notre capacité à limiter le réchauffement climatique.

    Référence de l'article :

    AFP avec Libération, (09/04/2026), Biodiversité : le manchot empereur officiellement «en danger», annonce l’UICN