Pourquoi Sea Shepherd et deux autres associations attaquent-elles l'état français en justice ?

L'inaction ne doit plus rester impunie selon ces 3 associations. Surtout quand c'est l'activité humaine qui est responsable de milliers de morts !

Ici, le puffin des Baléares, une espèce classée en danger critique d'extinction sur la liste rouge de l'UICN.
Ici, le puffin des Baléares, une espèce classée en danger critique d'extinction sur la liste rouge de l'UICN.

Sea Shepherd France, ClientEarth et l'association Défense des Milieux Aquatiques (DMA) ont décidé d'engager une action en justice contre l'État français. En cause : l'insuffisance des mesures mises en place pour protéger les oiseaux marins des captures accidentelles liées à la pêche, un phénomène qui menace directement plusieurs espèces déjà fragilisées.

Une mortalité invisible mais massive

Chaque année, des milliers d'oiseaux marins meurent après s'être retrouvés piégés dans des engins de pêche, notamment les filets maillants et les palangres. Ce phénomène, appelé "capture accidentelle" ou "bycatch", touche de nombreuses espèces qui plongent pour se nourrir et se retrouvent incapables de remonter à la surface.

Sauf que ces espèces souffrent déjà des conditions météorologiques (et notamment des tempêtes !) ainsi que de maladies mortelles comme la grippe aviaire. L'activité humaine (et pas seulement les filets de pêche mais aussi les marées noires…) est en train d'anéantir des espèces entières !

Cela reste méconnu et peu visible, contrairement à ce qui se passe pour les dauphins, dont les échouages sur les plages du golfe de Gascogne sont médiatisés depuis dix ans.

Parmi les espèces les plus concernées figurent le guillemot de Troïl, le macareux moine, le Fou de Bassan et surtout le puffin des Baléares, l'un des oiseaux marins les plus menacés d'Europe et classé en danger critique d’extinction dans le monde sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Certaines populations françaises sont aujourd'hui en fort déclin, au point que leur avenir est sérieusement compromis.

"Les petits cadavres coulent rapidement, la plupart disparaissent et le peu qui s’échoue est attribué à des phénomènes météorologiques", s'indigne Philippe Garcia, président de l’association DMA.

Ce que reprochent les associations à la France

Les 3 organisations estiment que la France ne respecte pas ses obligations, tant au regard du droit national que du droit européen. Selon elles, les autorités tardent à imposer des mesures efficaces aux flottes de pêche opérant dans les zones sensibles.

Parmi les solutions réclamées figurent notamment : l'installation de dispositifs de dissuasion adaptés, des fermetures temporaires de certaines zones de pêche, un meilleur suivi scientifique et enfin des contrôles renforcés en mer. Les associations considèrent que l'inaction actuelle expose certaines espèces à un risque réel d'extinction locale.

À ce rythme, si on ne change rien, dans cinquante ans, l’espèce [puffins de Baléares, ndlr] aura disparu

Cette procédure s'inscrit dans une série d'actions menées ces dernières années contre l'État français sur la protection de la biodiversité marine. Les ONG utilisent désormais le levier judiciaire pour contraindre les pouvoirs publics à agir lorsque les engagements pris ne sont pas respectés.

L'objectif n'est pas seulement d'obtenir une condamnation symbolique, mais bien d'imposer des mesures concrètes susceptibles de réduire rapidement la mortalité des oiseaux marins. Car ils jouent un rôle essentiel dans l'équilibre des écosystèmes océaniques. Leur déclin est souvent le symptôme d'une pression excessive exercée sur le milieu marin.

En attaquant l'État français, Sea Shepherd, ClientEarth et Défense des Milieux Aquatiques cherchent à rappeler une réalité simple : la protection de la biodiversité ne peut rester théorique lorsque des espèces disparaissent sous nos yeux. Le verdict de cette affaire pourrait avoir des conséquences importantes pour la gestion des pêcheries françaises dans les années à venir.

Références de l'article :

Julie Renson Miquel, Libération, (21/04/2026), Fous de Bassan, puffins des Baléares, guillemots de Troïl… Trois associations attaquent l’Etat français pour manquement à la protection d’oiseaux marins

    Sea Shepherd France, (15/12/2025), BIRDS BYCATCH : UN MASSACRE INVISIBLE. ON MET L'ÉTAT EN DEMEURE.