Paris-CDG : un projet d'extension qui éloigne un peu plus la France de ses objectifs climatiques

Avec 8,2 milliards d'euros d'investissements, Paris-Charles de Gaulle prépare son expansion. Mais à l'heure où la France doit réduire rapidement ses émissions de gaz à effet de serre, jusqu'où peut encore croître le transport aérien ?

L'aéroport Paris-Charles-de-Gaulle. Son projet d'extension soulève des interrogations sur la cohérence entre croissance du trafic aérien et engagements climatiques français.
L'aéroport Paris-Charles-de-Gaulle. Son projet d'extension soulève des interrogations sur la cohérence entre croissance du trafic aérien et engagements climatiques français.

Paris-Charles de Gaulle s'apprête à changer d'échelle. Avec un investissement de 8,2 milliards d'euros sur huit ans, Groupe ADP prévoit de moderniser ses terminaux, ses accès et ses infrastructures ferroviaires afin d'accroître la capacité du premier aéroport français. L'objectif : accueillir près de 90 millions de passagers dès 2035, puis jusqu'à 105 millions en 2050, contre environ 82 millions aujourd'hui.

Une ambition économique face à l'urgence climatique

Le projet n'est toutefois pas encore lancé. Il est entré dans sa dernière phase réglementaire : après la consultation des compagnies aériennes et l'avis de l'Autorité de régulation des transports, le gouvernement devra décider s'il autorise ou non le début des travaux, qui pourraient intervenir à partir de 2027.

Cette décision intervient dans un contexte inédit : la France s'est engagée à atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Dès lors, le débat dépasse largement l'aménagement d'un aéroport. Il interroge la cohérence entre développement économique, croissance du trafic aérien et engagements climatiques.

Un des hubs aériens les plus émetteurs au monde

Le débat a été ravivé par l'Airport Tracker 2026, réalisé par ODI Global, Transport & Environment (T&E) et l'ICCT. Selon cette étude, les vols liés à Paris-Charles de Gaulle ont généré 14,7 millions de tonnes de CO₂ en 2023, faisant de Roissy le 7ᵉ hub aérien le plus émetteur au monde et le 2ᵉ en Europe.

À l'échelle francilienne, les plateformes de Roissy, Orly, Le Bourget et Beauvais ont produit près de trois fois plus de CO₂ que la ville de Paris. Elles ont également émis plus de 6 300 tonnes d'oxydes d'azote (NOx), des polluants atmosphériques associés à une dégradation de la qualité de l'air et à des risques accrus pour la santé.

L'activité des aéroports parisiens émet trois fois plus de CO2 que la ville de Paris. (c) T&E
L'activité des aéroports parisiens émet trois fois plus de CO2 que la ville de Paris. (c) T&E

Cette concentration des émissions n'est pas propre à la France : dans le monde, 100 aéroports seulement concentrent près des deux tiers des émissions des vols passagers.

Les projections renforcent les inquiétudes : selon T&E, l'extension de Paris-CDG entraînerait 28 % d'émissions de CO₂ supplémentaires en 2050 par rapport à un scénario sans agrandissement. Les projets d'extension des principaux aéroports français pourraient, eux, accroître d'environ 32 % les émissions du secteur.

La technologie suffira-t-elle à décarboner l'aviation ?

Le Haut Conseil pour le climat (HCC) estime que la France doit plutôt viser une stabilisation du trafic aérien. Dans son avis sur la troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3), il souligne que créer de nouvelles infrastructures favorisant la croissance du secteur complique l'atteinte des objectifs climatiques.

Son analyse rejoint celle de l'ADEME et de The Shift Project : les avions deviennent plus efficaces et les carburants d'aviation durables (SAF) représentent une piste importante, mais leur production reste limitée et nécessite d'importantes ressources en biomasse et en électricité bas carbone. Sans maîtrise de la croissance du trafic, ces progrès risquent de ne pas suffire à réduire les émissions globales.

Les associations alertent également sur les conséquences locales. L'extension de Roissy pourrait représenter environ 344 vols supplémentaires par jour à l'horizon 2050, avec davantage de nuisances sonores et de pollution pour les riverains.

Deux visions de la transition

Groupe ADP conteste l'idée d'une incompatibilité entre son projet et les objectifs climatiques. L'exploitant rappelle viser le « zéro émission nette » de ses activités directes d'ici 2035 sur les plateformes parisiennes, grâce notamment à l'électrification des équipements, à l'efficacité énergétique des terminaux et au développement des transports collectifs.

L'entreprise souligne cependant que les émissions des vols dépendent principalement des compagnies aériennes et mise sur des avions plus sobres ainsi que sur les carburants durables pour limiter l'impact du trafic.

Le cœur du débat se situe précisément ici : les émissions liées au fonctionnement de l'aéroport peuvent diminuer, mais l'empreinte carbone des vols reste fortement liée au nombre de trajets réalisés.

Un choix qui engagera la trajectoire climatique française

L'avenir de Paris-Charles de Gaulle dépasse désormais le seul secteur aérien. La question posée est celle de la compatibilité entre l'expansion d'une infrastructure majeure et une trajectoire de réduction rapide des émissions.

La décision du gouvernement constituera un signal fort : elle dira si la France mise principalement sur les innovations futures pour accompagner la croissance du transport aérien, ou si elle considère que l'urgence climatique impose aussi de repenser son développement.

Référence de l'article

T&E. (2026). L’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle, 7e hub des émissions aériennes mondiales de CO2.
Thierry Blancmont. (2026). Climat : Paris-CDG parmi les aéroports les plus polluants du monde, selon l’ONG Transport & Environment.