Les Français mangent moins de viande : le virage vers une alimentation plus durable se confirme
Moins de viande, davantage de légumineuses et une quête accrue de qualité : selon le dernier baromètre du Réseau Action Climat, les Français réinventent progressivement leur alimentation sous l’effet des enjeux sanitaires, économiques et environnementaux.

Le changement se fait souvent à petits pas. Dans les supermarchés, les marchés ou les cuisines familiales, une transformation discrète est en cours : les Français consomment moins de viande. Ce mouvement, observé depuis plusieurs années, semble désormais s’installer durablement dans les habitudes alimentaires.
Une évolution durable ?
La viande reste au cœur de l’alimentation française, mais les habitudes changent. Selon le dernier baromètre Harris Interactive et Réseau Action Climat, 53 % des Français déclarent avoir réduit leur consommation de viande au cours des trois dernières années. Une tendance déjà observée en 2023 et qui semble désormais s’installer durablement.
Mais d’autres raisons prennent de l’ampleur : 38 % citent la santé, 35 % l’environnement et 33 % le bien-être animal. Plus révélateur encore, parmi ceux qui ne prévoient pas aujourd’hui de réduire davantage leur consommation, 79 % pourraient le faire pour acheter une viande de meilleure qualité rémunérant mieux les éleveurs. Ils sont également 77 % à se dire prêts à soutenir une production issue d’élevages durables ou à réduire les importations de viande.
Les légumineuses : une alternative crédible
Réduire la viande ne signifie pas renoncer aux protéines. Les Français identifient clairement les alternatives végétales : 85 % déclarent pouvoir se tourner vers les légumes secs, céréales et graines pour compenser leurs apports protéiques.
Les légumineuses bénéficient d’une image particulièrement positive : 88 % des Français soulignent leur richesse nutritionnelle, 86 % leur intérêt économique par rapport à la viande et 86 % les considèrent faciles à cuisiner. Elles sont même perçues comme représentatives du terroir français par 86 % des personnes interrogées.
Les achats de viande continuent de reculer
Cette évolution se retrouve dans les chiffres de consommation. Selon les données Kantar relayées par FranceAgriMer, les achats de viande des ménages pour la consommation à domicile ont diminué de 3,2 % au premier trimestre 2026 par rapport à la même période de 2025.
La baisse est particulièrement marquée pour le bœuf (-9,3 %), alors que son prix moyen a bondi de 14,8 %, atteignant 20,44 €/kg. La viande hachée fraîche recule de 2,6 %, malgré une hausse de chiffre d’affaires de 10,7 %, signe que les consommateurs achètent moins de volume face à des prix en forte augmentation.

À l’inverse, le porc progresse de 5,3 %, porté par un prix moyen plus abordable de 8,21 €/kg. Le poulet poursuit également sa progression (+2,4 %), notamment grâce aux découpes (+6,7 %). La dinde (-9,6 %), le canard (-10,4 %) et la pintade (-6,1 %) sont en recul.
Une attente forte envers les pouvoirs publics
Les Français ne considèrent pas cette transition comme une responsabilité individuelle uniquement. 53 % estiment que l’État agit, mais insuffisamment, tandis que 29 % jugent qu’il n’agit pas du tout. Les attentes sont fortes : 90 % souhaitent un meilleur encadrement des relations entre producteurs et grande distribution.
87 % sont favorables à un étiquetage environnemental des produits alimentaires et 78 % approuvent une aide financière permettant aux ménages modestes d’acheter des aliments bons pour la santé. Par ailleurs, 83 % souhaitent mettre fin à la commercialisation des viandes issues des élevages intensifs.
Un enjeu majeur pour le climat mondial
Cette évolution française s’inscrit dans un contexte mondial contrasté. Selon la FAO, l’approvisionnement mondial en viande est passé de 25 kg par personne en 1961 à 47 kg en 2022. La consommation de volaille a été multipliée par six, passant de moins de 3 kg à 17 kg par habitant, tandis que celle du porc a doublé à 15 kg.
Pourtant, les scientifiques du climat rappellent qu’une alimentation davantage tournée vers les végétaux constitue l’un des leviers les plus efficaces pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. L’agriculture animale est responsable de 12 à 20 % des émissions mondiales contribuant au réchauffement climatique et constitue une cause majeure de perte de biodiversité.
En choisissant de manger moins de viande mais de meilleure qualité, tout en redonnant une place aux protéines végétales, les Français montrent qu’une transition alimentaire conciliant santé, soutien aux agriculteurs et protection du climat est possible.
Références de l'article
Morton, A. (2026, 5 juin). Average person eats six times more chicken than in 1961, UN report finds. The Guardian.
Réussir Les Marchés. (2026, 22 mai). Consommation de viande : quel bilan du premier trimestre 2026 ?
Réseau Action Climat. (2025). Baromètre sur la consommation de viande des Français en 2025 : quelles nouvelles tendances ?